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Sonia Quémener

Interview Avril 2009

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Bonjour Sonia Quémener, et merci d'avoir accepté de répondre à mes questions.
Bonjour, c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions,

Pouvez-vous vous présenter et décrire votre parcours professionnel, ce qui vous a mené jusqu'au métier de traductrice ?
De formation, je suis ingénieur en informatique, et j'ai travaillé plus de vingt ans dans ce domaine (informatique de gestion). Par ailleurs, j'ai toujours été passionnée de science-fiction, et ai pris le pli de lire en anglais au cours de mes études. Je n'ai jamais cessé par la suite. J'ai donc acquis un bon bagage littéraire dans les littératures de l'imaginaire, et, au tournant de la quarantaine, je me suis essayée par hasard à traduire les nouvelles de SF que je préférais. Je me suis rendu compte que cette activité m'apportait un grand plaisir et ai entrepris d'en faire mon métier.
J'ai vite compris que, sans un bagage minimum, mes offres de service ne pouvaient aboutir. J'ai donc entrepris des études d'anglais pour pouvoir accéder au master de traduction littéraire Charles V (université Paris 7). Grâce à des équivalences, j'ai pu m'inscrire directement en licence que j'ai passée en télé-enseignement à Paris 3 tout en continuant à travailler à plein temps. J'ai ensuite obtenu l'année de master 1 avec un mémoire de traduction commentée d'un texte de 1609, puis ai passé et réussi le concours d'entrée à Charles V.
Pour cette troisième année de formation, j'ai pris un congé sabbatique. Après l'obtention du master 2, j'ai envoyé des CV et ai pu faire un essai pour Bragelonne. Isabelle Varange a pris contact avec moi quelques semaines plus tard : elle lançait le label Milady et m'a confié ma première traduction, celle de Terre natale.

"Terre natale" était donc votre première traduction publiée ou bien aviez-vous déjà été éditée auparavant ?
J'avais traduit trois nouvelles pour la revue de science-fiction Fiction : Le nom des fleurs (Naming the Flowers), de Kate Wilhelm, Le cosmos de cristal (Crystal Cosmos), de Rhys Hugues et La maison du chat noir (The House of the Black Cat), de Yumiko Kurahashi. Je continue d'ailleurs à collaborer avec cette revue. Mais Terre natale était bien le premier roman édité traduit par mes soins.

Pour être traducteur, il faut sans aucun doute aimer écrire. N'avez-vous jamais songé à écrire vos propres romans ?
Certes ce métier demande un amour de la littérature. J'écris en effet, depuis quelques années, mais uniquement des pièces en vers, des fragments et, plus récemment, des nouvelles (pour l'essentiel de la science-fiction). Je ne pense pas avoir la patience de me lancer un jour dans une écriture de longue haleine.

Vous dites être une passionnée de Science-Fiction depuis toujours, mais sans doute aussi de Fantasy. Quels sont les auteurs de SF et de Fantasy que vous appréciez le plus ?
Je suis beaucoup plus intéressée par la science-fiction. En fantasy, mon auteur préféré est Terry Pratchett, sans doute parce qu'il détourne le genre. J'aime beaucoup Lovecraft et, d'une manière générale, je préfère la dark fantasy. En science-fiction, le maître absolu pour moi est Philip K. Dick. J'apprécie énormément l'humour de Robert Scheckley, de Kurt Vonnegut, de James Triptree Jr. Chez les auteurs plus récents, j'aime beaucoup Neal Stephenson, Bruce Sterling, Kelly Link, Ted Chiang, Paolo Bacigalupi. J'ai eu une période Greg Egan il y a quelques années ; côté français, j'ai lu il y a deux ans un livre de Jérôme Noirez, Leçons du monde fluctuant, que j'ai adoré, et apprécie beaucoup les nouvelles de Claude Dunyach. D'une manière générale, je préfère les nouvelles aux romans, la nouvelle me paraît le genre littéraire idéal pour la science-fiction. Je lis très régulièrement des anthologies annuelles de science-fiction anglo-saxonne (genre Year's Best SF). J'ai un faible pour l'esthétique steampunk.

Vous avez aujourd’hui déjà traduit plusieurs romans de la collection « Les Royaumes Oubliés » pour le label Milady. Connaissiez-vous cette collection auparavant, avec son édition Fleuve Noir ou dans sa version originale ou bien était-ce une découverte totale pour vous lorsque vous avez traduit « Terre natale » ?
Non, je ne connaissais rien de cet univers ni des univers de jeux de rôle en général ; j'ai effectivement tout découvert, je n'avais qu'une connaissance superficielle de l'univers de la fantasy, avec ses elfes, ses gobelins et sa magie.

Et qu’avez-vous alors pensé de la collection à partir des romans que vous avez traduits ?
Pour Terre Natale, j'avoue que je me suis pas mal débattue avec la description des combats à l'arme blanche, et j'étais plutôt crispée puisqu'il s'agissait du premier roman qu'on me confiait ; du coup je n'ai pas trop pu apprécier ma lecture, mais j'ai déjà bien aimé la description du monde souterrain et de ses monstres (j'aime les monstres, c'est mon côté amateur de dark fantasy).
Ensuite Isabelle Varange m'a confié la traduction de Valombre, le permier volume des Avatars, et là j'ai adoré ! J'ai aimé cet univers foisonnant. Dès la description du tout premier combat hors d'Arabel, dans le bois qui pousse après une forte pluie surnaturelle, où les arbres sont à l'envers, où des chiens à trois têtes posés sur des pattes d'araignée déboulent, où des goules végétales attaquent, je savais que j'allais savourer cette traduction. Je me suis donc régalée avec Valombre et l'ai dit à Isabelle Varange qui, du coup, m'a confié les volumes deux et trois de cette série (Tantras, Eauprofonde). J'ai beaucoup aimé les traduire eux aussi, il y a constamment des trouvailles, des apparitions horrifiques, et une pointe d'humour bienvenu parcourt tout l'ensemble. En outre, je me suis bien amusée à traduire les combats entre humains de ces volumes parce qu'ils ont un côté bordélique assez réjouissant. Bref, un très bon souvenir.

Ces romans sur lesquels vous avez travaillé ayant déjà été auparavant traduits, avez-vous redémarré la traduction à zéro à partir de l’œuvre originale, en ignorant totalement la précédente traduction où bien avez-vous consulté cette dernière et avez-vous composé avec celle-ci pour votre traduction ?
J'ai redémarré de zéro, sans même avoir lu la traduction précédente. Il me semble d'ailleurs que c'était une des clauses du contrat, Milady me réglant la traduction de l'ensemble du texte, mais de toute manière c'était plus facile et plus sain, pour moi, de procéder ainsi. Au cours de ma formation de traductrice, les profs étaient unanimes : c'est pénible de reprendre une traduction précédente, on se retrouve à "rapetasser" un texte et à obtenir en fin de compte une espèce de patchwork, des fragments qui risquent de mal s'ajuster entre eux. Car même si, évidemment, le traducteur suit le style de l'auteur, chacun a sa manière propre de raconter, ses tics de langage ; il est important que le texte traduit soit cohérent de ce côté-là.

Justement, à ce propos, lors de la traduction des romans, faites-vous de la traduction « mot à mot » ou bien avez-vous la possibilité d’interpréter quelque peu le texte ?
Je ne crois pas qu'il soit rigoureusement possible de traduire "mot à mot" si on veut obtenir un texte français littéraire, car les deux langues ont chacune leurs tournures de langage (c'est d'ailleurs pour cela, entre autres, que les systèmes de traduction automatique ne parviennent pas à produire un résultat cohérent et fluide). Par ailleurs, il est primordial de suivre l'auteur. Les deux impératifs cohabitent :

- obtenir un texte français fluide, agréable à lire,

- restituer non seulement la pensée de l'auteur, mais aussi, autant que possible, ses modes d'expression.

Il s'agit en permanence de s'efforcer de les respecter.
On "interprète" toujours un texte dans la mesure où, en tant que lecteur, on le comprend d'une certaine manière, mais, idéalement, le traducteur ne devrait pas interpréter davantage qu'il ne fait en tant que lecteur ! Ou, peut-être, peut-on dire qu'il interprète le texte comme un musicien interprète un morceau de musique... Si, en musique, l'indication de partition est Allegro, jouer le morceau en Lento constitue une trahison ; de même faut-il s'efforcer de respecter le rythme propre du texte, les moments plus lyriques, dans une description par exemple, la vivacité des dialogues, le langage plus ou moins familier des personnages, etc. Tout cela en gardant présent à l'esprit que l'on écrit d'abord en français.

Combien de temps environ faut-il alors pour traduire un roman du volume de ceux que vous avez traduits pour la collection « Les Royaumes Oubliés » ?
La traduction se fait en deux temps : deux lectures de la VO et "premier jet", puis relectures de la traduction (avec vérifications occasionnelles de la VO) et corrections. Il faut compter un mois environ pour chaque étape. Dans l'idéal, il est bon que les diverses relectures ne se fassent pas à la suite, qu'on laisse reposer le texte. En revanche, j'aime bien écrire le premier jet de manière intensive, pour m'immerger plus complètement dans ce que je fais : quand je suis bien dedans, les mots et les formules viennent plus facilement.

Dans l’étape de traduction, pour une collection comme « Les Royaumes Oubliés », un travail doit être fait pour conserver une cohérence de termes entre les romans traduits par différents auteurs. Comment faites-vous pour conserver cette cohérence dans les termes utilisés d’un roman à l’autre ? Avez-vous une sorte de « dictionnaire » commun que vous consultez pour la traduction de certains termes ?
C'est exactement ça : l'éditeur Milady se charge de collationner les différents termes et de remettre un lexique à ses traducteurs, lexique basé sur la traduction officielle des jeux de rôles. Chaque traducteur se charge à son tour de compléter ce lexique quand il rencontre de nouveaux termes (typiquement des noms propres de héros), et les retourne à l'éditeur en même temps que sa traduction.

Pour le moment, sur les neuf romans de la collection parus chez Milady, vous en avez traduit quatre, ce qui fait de vous la principale traductrice de la collection. Allez-vous continuer de travailler majoritairement sur cette collection ou bien avez-vous le projet de travailler sur d’autres romans en dehors des Royaumes Oubliés ?
Comme j'ai indiqué plus tôt, j'aime bien cette collection (la traduction des Avatars a été un vrai plaisir), cela dit j'apprécie surtout la fantasy horrifique. Isabelle Varange a tenu compte de mes goûts et m'a confié dernièrement une trilogie de l'univers de Dragonlance, particulièrement morbide. Pour la suite, ma foi on verra ! Chaque nouvel ouvrage me donne l'occasion de m'immerger dans un nouvel univers, ce que j'apprécie. En conclusion : je crois que j'aimerai autant poursuivre dans les Royaumes Oubliés que voyager ailleurs, pourvu que le coin soit dépaysant et qu'on y voie des monstres.

Enfin, peut-être avez-vous visité le site « Le Monde de Toril ». Si c’est le cas, qu’en avez-vous pensé ?
Je suis en effet allée voir votre site ; j'avoue que je n'ai fait que m'y promener par-ci par-là. J'en aime bien l'esthétique, la disposition générale et les rubriques : on peut y circuler tout à fait naturellement ! J'ai un peu regardé les messages du forum et ai pu constater que les échanges se passaient entre véritables aficionados qui savent de quoi ils parlent. De tels sites doivent être une précieuse mine d'informations pour tous ceux qui s'intéressent à l'univers de jeux de rôles. Quant à moi, je suis plutôt restée confinée à la bibliothèque et la biographie des traducteurs...

Merci beaucoup d'avoir répondu à mes questions.

- Interview effectuée par Morcar -

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