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30 Tarsakh 1357 CV - 11 Heures

Ilviz était littéralement avachie sur la table de cette taverne où elle avait pris place deux heures auparavant. Elle n’avait quasiment rien bu, mais beaucoup autour d’elle la croyaient soûle. Les ricanements ne cessaient pas à une table voisine, et la jeune elfe ne manquait rien de ces remarques acerbes qui se disaient sur elle. « Regarde ce joli petit lot ! » disait l’un. « Il semble qu’il va avoir besoin d’être raccompagné ce soir. » « Encore faudrait-il qu’elle trouve une personne qui veuille bien d’une elfe, siffla un autre en guise de réponse ». Le groupe de clients ricana à cette dernière remarque et commanda une nouvelle tournée.
Ilviz n’en avait rien à faire. Que pouvait-il lui arriver de pire que ce qu’elle avait déjà vécu de toute façon ? Ces hommes ne savaient même pas ce que c’était que de souffrir comme elle souffrait. Combien d’années avaient-ils vécu ? Vingt ? Vingt-cinq ? Trente ? Pas beaucoup plus. Qu’était-ce face aux trois cent années de vie qu’elle avait derrière elle ? Elle avait vu mourir beaucoup des siens au combat. Elle avait perdu également beaucoup d’amis humains. Elle était lasse de cette vie, lasse de cette souffrance.
D’autant plus depuis ce matin…

L’un de ses voisins de table se leva alors de sa place et s’approcha d’elle. Il posa une main sur son épaule et demanda :

- Aurais-tu besoin d’un autre verre ? Voilà plus d’une demi-heure que ton verre est vide, depuis que nous sommes entrés dans la taverne.

N’obtenant aucune réaction de celle à qui il s’adressait, il glissa sa main le long du dos de l’elfe, en lui chuchotant à l’oreille.

- Ce n’est pas que ce petit derrière ne me plait pas, mais j’aimerais bien voir aussi ta tête.

Ce fut le geste de trop. Alors que la main de l’homme caressait tout juste les fesses de son souffre-douleur du jour, celle-ci se redressa d’un mouvement si rapide qu’il n’eut pas le temps de voir cette dague glisser sous sa gorge et piquer la peau de son cou.
Le regard de la jeune femme était si haineux que son provocateur en frissonna. Il faisait déjà moins le malin avec ce joli collier ! Et ses collègues n’en menaient pas large non plus. Stupéfaits par ce geste inattendu, ils restaient silencieux comme tous les autres clients de l’établissement.
Ilviz regarda tout autour d’elle, défiant du regard tous ceux qui se trouvaient là, comme pour dire « voyez ce qui arrive à ceux qui m’ennuient ». Chacun devait bien le comprendre si elle ne voulait pas être encore ennuyée : ce paysan au fond de la pièce, ce marchand aussi, ainsi que ce barde, et aussi ce rôdeur et ces nains assis à une même table et qui la regardaient sans savoir que penser.

Le silence ne dura pas longtemps, à peine quelques secondes, avant que les compagnons de tablée de celui qu’elle tenait alors à sa merci n’élèvent la voix.

- Non mais ça va pas ! dit l’un. Pour qui tu te prends, petite traînée ?
- Ouais ! Qu’est-ce qui te permet de t’en prendre ainsi à notre ami ?
- C’est une manière de remercier une personne qui s’inquiète pour toi ?


Le dernier qui avait pris la parole espérait faire rire une fois de plus ses amis avec cette dernière remarque, mais ceux-ci semblaient trop concentrés sur la scène qui se déroulait devant eux, et aucun ne réagit.
Ils se levèrent alors de leur place et se dirigèrent tous vers l’elfe. L’un d’eux dégaina une épée courte, tandis qu’un autre soulevait un marteau léger qu’il avait déposé sous la table à son arrivée. Le troisième avait sorti deux dagues de sous son manteau, et tous se dirigeaient vers Ilviz avec un air déterminé.
Sachant très bien comment ceci allait se terminer, Ilviz préféra s’écarter au plus vite de ces hommes. Elle poussa violemment celui qui avait tenté des attouchements sur elle dans la direction de ses collègues qui le réceptionnèrent de justesse afin qu’il évite de s’écrouler sur le sol. Profitant de cette diversion, l’elfe bondit par-dessus la table des nains pour se mettre à l’abri. Mais ses agresseurs se trouvaient entre elle et la porte de sortie, ce qui l’empêchait de fuir.

Derrière son comptoir, le tavernier n’en menait pas large. Il connaissait ces clients, et savait très bien comment ceci allait se terminer. Cette bande d’ivrognes se moquait bien de passer une nuit au cachot, et n’hésitait pas à casser du mobilier.
Celui qui semblait être à leur tête avança alors lentement en direction d’Ilviz, passant près de la table où étaient assis les deux nains, et leurs compagnons.

- Alors on veut faire la maligne ? demanda-t-il. Mais on a l’air bien moins fière à présent.

En passant près des nains, l’homme ne remarqua pas la jambe de Dwalgnar, tendue en travers de son chemin. Il s’écroula de tout son long sur le plancher du sol lorsqu’il se prit les pieds dans cet obstacle.
Il se releva alors, furieux, et jeta dans la direction du nain.

- Toi ! C’est toi qui m’as fait trébucher ?
- Oh ! Je n’y suis pas pour grand-chose, Grand Seigneur, fit Dwalgnar. L’alcool que vous avez ingurgité m’a beaucoup aidé dans ma tâche.


On sentit dans l’assemblée un rire étouffé, qui n’échappa pas à l’ivrogne. Celui-ci, énervé, se rua alors sur le nain en hurlant. Il n’eut pas le temps de le toucher que la table où était assis Shydane s’envola et l’arrêta sur sa lancée. Le rôdeur l’avait soulevé avec une telle force et elle s’était écrasée avec une telle violence sur le visage de l’agresseur, que son nez éclata immédiatement à son contact. Les verres que les aventuriers à la recherche de l’anneau de fournaise étaient en train de boire étaient renversés sur le sol, et l’homme baignait à présent dans la bière.
Derrière Shydane, Ilviz était restée bouche bée. Pourquoi ces hommes avaient-ils fait ça ? Elle n’eut même pas le temps de poser la question, l’ivrogne était déjà de nouveau debout, et ses trois compagnons se tenaient derrière lui.
Shydane regarda alors dans la direction de Dwalgnar qui comprit très bien ce que le rôdeur voulait lui dire : « Dwalgnar, de quoi t’es-tu encore occupé ? ».


Ecrit par Morcar
D'après une idée de : Morcar

28 Uktar 1356 CV - 16 Heures

Ilviz courait à perdre haleine à travers la forêt de l’Orée située à l’Est du désert d’Anauroch, suivie de près par ses compagnons de voyage. Si le guerrier Zalius était ralenti par l’armure qui recouvrait son corps, il n’en était pas de même pour Mandrin, un jeune garçon d’à peine vingt ans spécialiste dans la rapine. Et si l’elfe avait déjà pris beaucoup d’avance sur lui, il restait tout de même à ses côtés le gnome Eldron qui malgré ses petites jambes courait à une vitesse qui impressionnait son compagnon.
Mais l’instinct de survie donne souvent des ailes, et c’est sans doute ce qui motivait le gnome pour qu’il avance à une telle allure. Le groupe avait belle allure à fuir ainsi l’ennemi, mais chacun d’entre eux savait qu’ils n’avaient aucune chance de survie, et ils avaient préféré jouer les lâches plutôt que de faire face à leurs poursuivants.
Ils avaient quitté la ville de Blanchecorne la veille, espérant avoir pris assez d’avance sur les assassins qui étaient à leurs trousses, mais à peine avaient-ils marché une dizaine d’heures qu’ils avaient repéré un groupe qui les suivait. Arrivé à la forêt de l’Orée, ils avaient alors opté pour la fuite, espérant que le terrain leur permettrait d’échapper au triste destin qui leur était promis.

Ilviz avait fait la connaissance de ces trois aventuriers à peine plus de deux mois auparavant, et s’était bien gardé de leur dire à l’époque que les Masques de la Nuit étaient déjà à sa poursuite. Lorsque dans cette auberge, le trio lui avait proposé de rejoindre leur groupe pour voyager avec eux, elle avait trouvé là l’occasion d’avoir avec elle des compagnons qui pourraient l’aider à affronter ses ennemis. Elle avait donc accepté sans difficulté, et c’est ainsi que le trio était devenu un quatuor.
A peine deux semaines plus tard, alors qu’ils approchaient de la célèbre Arabel, métropole du Cormyr, et qu’ils s’étaient réfugiés dans la grange d’une ferme pour se mettre à l’abri de la pluie, un duo d’assassins avait tenté de les éliminer. Les quatre aventuriers étaient parvenu bon gré mal gré à se débarrasser des deux tueurs, mais en faisant ceci, chacun des quatre avait signé son arrêt de mort.
Désormais poursuivis par les Masques de la Nuit, tous les quatre comptaient les jours depuis leur affrontement dans cette grange, se préparant chaque matin à ce que le jour qui se lève soit le dernier pour eux.

Ilviz s’arrêta soudain de courir, et s’appuya contre un arbre pour reprendre son souffle. Elle entendit rapidement les pas de Mandrin et Eldron qui approchaient, puis ce fut Zalius qui arriva à leur hauteur. Chacun resta silencieux un moment, reprenant son souffle. Mais le regard que le guerrier lança à l’elfe était lourd de reproches. Elle savait ce qu’il pensait d’elle, depuis qu’elle avait avoué à ses amis pour quelle raison les Masques de la Nuit les avaient attaqués dans cette grange. Mais elle ne pouvait pas revenir en arrière. Si encore elle savait elle-même pour quelle raison on en avait après elle, peut-être pourrait-elle faire quelque chose, mais elle n’en savait rien. Elle avait bien tenté de rentrer en contact avec les assassins pour savoir quel était leur employeur et pourquoi il en avait après elle, mais ils ne voulaient rien savoir. La seule chose qui comptait pour eux était d’honorer leurs contrats. Mandrin et Eldron avaient immédiatement pardonné à leur nouvelle amie ce qu’elle leur avait caché dans un premier temps, mais ce n’était pas le cas de Zalius qui s’en prit une nouvelle fois à l’elfe.

- Tu nous as mis dans de beaux draps, Ilviz.
- Tu ne vas pas recommencer, Zalius, l’interrompit Eldron. Ca ne nous avancera à rien.
- Peut-être, mais il n’empêche que sans cette fichue elfe, on n’en serait pas…
- Oui, on sait, Zalius ! Maintenant, si tu pouvais baisser d’un ton, ça éviterait de faciliter la tâche des assassins qui doivent être en train de nous chercher.
- Et si tu proposais quelque chose au lieu de toujours répéter les mêmes paroles qui ne nous avancent à rien, ajouta Mandrin…
- Qui dit qu’ils nous cherchent nous ? A mon avis, ils n’en ont toujours qu’après elle. Le plus simple serait de la leur livrer, et ils nous laisseraient ensuite tranquilles.
- Hors de question ! coupa Mandrin. De toute façon on sait très bien qu’aucun d’entre nous n’en sortirait vivant dans pareil cas. Pour le moment, le mieux à faire est de continuer notre route à travers la forêt, puisqu’il semble qu’on les ait semés.
- Et on va continuer de fuir ainsi toute notre vie ? s’emporta le guerrier. Sais-tu combien de personnes ont réussi à échapper ainsi aux Masques de la Nuit ? Ils ne sont pas bien nombreux.
- Je sais tout ça. Mais on n’a pas d’autres solutions, alors avançons...


La guilde des Masques de la Nuit était tristement réputée pour être composée des meilleurs assassins et voleurs du continent. Toujours aux services du plus offrant, la guilde envoyait ses hommes à la poursuite de celui ou ceux que leur employeur souhaitait voir disparaître, et généralement en quelques jours l’affaire était réglée.
Profitant de l’affaiblissement du moment des Couteaux Enflammés, une autre guilde d’assassins créée au Cormyr, les Masques de la Nuit gagnaient encore en influence depuis plusieurs mois, et leur réputation augmentait de la même manière. Avoir un membre de cette organisation à ses trousses était toujours signe de mort annoncée très prochainement. Mais pour le moment, les quatre aventuriers étaient parvenus à éviter de rejoindre Myrkul.

Tymora leur ayant permis une fois de plus d’échapper à leurs poursuivants, ils reprirent la route plus tranquillement, sans avoir pris le temps de totalement reprendre leur souffle, en espérant réussir à se faire oublier un jour.

30 Tarsakh 1357 CV - 11 Heures

- J’en ai plus que marre, ronchonna Fanrax. Depuis combien de temps on suit ces Zhents sans savoir où il vont ?
- Nous n’avons pas d’autre choix, répondit Eliana. Nous avons perdu la trace de Vilario et les Zhents semblent savoir où aller. Pour le moment, on les suit.


Depuis cette histoire à Château-Suif, durant laquelle Elania avait appris que l’homme qui accompagnait Vilario était Shydane, Fanrax Maltir avait rejoint le groupe à la demande des supérieurs d’Elania. La jeune femme appréciait peu cette brute qui voulait toujours tout régler par la force, mais elle n’avait pas eut son mot à dire quand à cette décision. « C’est l’homme qui connaît le mieux Shydane » lui avait-on dit en guise d’explication.
Fanrax était un de ces guerriers très puissants. Une musculature à faire pâlir un ogre, des mains immenses qui lui permettaient de tenir une lourde épée, et des cheveux courts sur le haut du crâne au milieu duquel brillait un regard noir et froid. Son visage dur le rendait plus vieux qu’il ne l’était, notamment à cause de sa peau brunie par le soleil. Enfilée par-dessus ses vêtements légers, une simple armure de cuir épaisse avait été recousue par endroits, là où il avait du recevoir déjà de violents coups lors de combats. Fanrax n’était pas du genre à s’attifer d’une tenue hors de prix et d’une armure encombrante. Pour lui, la meilleure protection n’était pas celle d’une cuirasse ou d’un heaume, mais bien la parade. Les nombreuses cicatrices qui décoraient son corps témoignaient cependant d’échecs passés de parades, qui ne l’empêchaient pas pour autant de continuer à penser de la même manière à propos des armures.
Shydane n’était visiblement pas apprécié des Ménestrels, et le fait qu’il accompagne Vilario déplaisait d’autant plus à l’organisation. On avait alors bien fait comprendre que les objectifs qui avaient été donnés à Elania étaient deux fois plus importants à la lueur de cette dernière information. Il fallait à tout prix que le jeune garçon soit ramené aux locaux de l’organisation, et ce le plus rapidement possible.

Mais voilà un moment déjà qu’ils avaient perdu la trace du groupe de l’adolescent, et leurs recherches pour le retrouver avaient été vaines. Les Ménestrels n’avaient alors pas quitté la trace des Zhents qui semblaient savoir où ils allaient. En les suivant, ils s’assuraient au moins que les Zhents ne captureraient pas Vilario. Pour le moment, ils préféraient ne pas prendre de risque, mais si jamais les Zhentillards retrouvaient la trace des aventuriers, les Ménestrels n’hésiteraient pas à attaquer.
La situation commençait cependant sérieusement à agacer Fanrax qui, depuis qu’il avait appris qu’on avait retrouvé la trace de Shydane Estaris, mourait d’impatience plus que jamais de lui faire de nouveau face. Depuis le temps qu’il attendait ce moment, il avait désormais l’impression que le jour de la vengeance allait bientôt arriver.

Shydane avait disparu de la circulation il y avait des années de ça, alors que le guerrier le poursuivait pour se venger de ce que le rôdeur lui avait infligé, et depuis ce jour, il n’avait plus donné aucune trace de vie, pour le plus grand malheur de Fanrax. Elania avait posé la question à son nouveau compagnon de route quand à la nature de ce que le rôdeur lui avait infligé, et qui lui faisait ressentir une telle haine envers lui, mais le guerrier n’avait pas voulu répondre à celle-ci.
Cependant de son côté, Fanrax s’interrogeait lui aussi. Pour quelle raison Shydane était-il ressorti de cette « retraite » ? Elle devait avoir une importance capitale car le rôdeur savait sans doute qu’en revenant ainsi à la surface il devrait faire face enfin à son passé et à ses ennemis. Et le plus grand d’entre eux était sans doute le guerrier rancunier.

C’est ce qui dérangeait le plus Elania. Elle craignait que cette haine qui semblait consumer Fanrax depuis plus de dix ans ne lui fasse commettre de graves erreurs de jugement, et ne mette son groupe en difficulté. Mais jusqu’à présent, la jeune femme n’avait jamais remis en cause une décision de la guilde, et ce n’était pas encore ce jour là qu’elle allait le faire. Si ses supérieurs avaient décidé de joindre Fanrax au groupe, c’était sans doute pour une bonne raison.
Elle aurait cependant aimé savoir laquelle...

*
* *

Depuis la disparition d’Ystir, Melrod avait pris la tête du groupe de Zhents qui avait subi de lourdes pertes à la Porte de Baldur. Seuls elle et Ewun avaient survécu à cette mission, mais elle avait demandé à ce qu’on lui confie d’autres Zhents pour l’aider dans sa tâche. Au vu de l’importance de la mission, Visk’ros Arg’truik, son supérieur, n’avait pas hésité une seconde pour lui envoyer des hommes. Ainsi, le groupe avait été rejoint voilà bientôt un mois par Oldar Virzon, un guerrier maniant les haches de jet, Liliana Indruis, une archère hors pair, et Daelan Onbas, un ensorceleur qui leur serait sans doute d’une grande utilité au combat.

Oldar était originaire de Luskan. Pendant des années, il avait écumé la Mer des Epées, à bord d’un navire de pirates, avant que celui-ci ne subisse une attaque du Farfadet des Mers, le navire du capitaine Deudermont. Oldar avait tout de même réussi à survivre à cette attaque et à échapper à ses agresseurs. Une fois de retour sur le continent, il avait alors décidé de rester à terre et avait vite été remarqué par les Zhentillards qu’il avait rejoints. Spécialiste du combat aux haches de jet, il gardait cependant toujours à la ceinture une épée courte pour les combats rapprochés.
A le voir de loin, on aurait pu croire voir un forgeron. Ses bras épais, ses épaules larges et son visage buriné au milieu duquel trônait un énorme nez qui n’avait rien à envier aux trolls lui donnaient un air bourrin dont il savait profiter pour impressionner ses adversaires. Posté sur ses deux jambes presque aussi épaisses que celles des barbares du Nord de Féérune, il n’était cependant pas rapide au combat et misait plutôt sur sa force et la précision de ses tirs à la hache. Loin d’avoir un caractère de chef, il suivait sans réfléchir les ordres que lui donnaient ses supérieurs, ce qui n’était pas pour déplaire à Melrod qui préférait ce genre d’individus que ceux qui contredisaient sans cesse les ordres.

Liliana était tout l’inverse d’Oldar, qui aurait sans doute pu en porter une dizaine comme elle sur ses larges épaules. Elle était tellement fine et sa peau était tellement claire qu’on aurait pu la prendre pour une elfe. Elle s’était d’ailleurs parfois demandée si elle n’en avait pas un parmi ses ancêtres mais regrettait de n’avoir aucune des capacités des demi elfes.
A voir son visage angélique, et son sourire charmeur, on ne se serait pas douté que Liliana était une Zhent. Elle avait d’ailleurs profité à de nombreuses reprises de cette ambiguïté à son profit. Combien d’ennemis s’étaient ainsi laissés approcher facilement par cette archère sans se douter à un seul instant qu’elle était membre de l’organisation criminelle la plus importante du continent ? Elle aimait profiter de son physique d’ailleurs, et portait généralement des tenues serrées qui mettaient en valeur ses formes, pour mieux tromper son ennemi. Melrod voyait d’un mauvais œil cette nouvelle femme qui était entrée dans l’équipe et risquait de déconcentrer ses coéquipiers dans leur quête. Elle ne manquerait pas de faire part de ceci si le problème arrivait.

Le dernier membre du groupe, Daelan, était un homme au visage sombre, caché par de longs cheveux bruns foncés qui tombaient sur ses épaules et en partie devant son visage. Vêtu d’une robe d’ensorceleur d’un rouge sombre, il était originaire du Thétyr qu’il avait du fuir à cause du choix qu’il avait fait en décidant d’apprendre à manier la magie. Il avait petit à petit remonté toute la côte des Epées avant de se faire recruter par les Zhents à la Porte de Baldur voilà trois ans.
Peu loquace, il avait cependant maintes fois servi les Zhents grâce à ses sorts, et c’est pour cette raison que Visk’ros avait décidé de le joindre au groupe de Melrod en espérant qu’il leur permettrait enfin de capturer Vilario.

Mais pour le moment, les Zhents avançaient en aveugle. Lors de la fuite de Vilario et ses compagnons à Château-Suif, ils avaient perdu leur trace, et le passage des Zhentillards par la Porte de Baldur pour retrouver les nouveaux membres du groupe leur avait encore fait perdre du temps. Profitant de leur réseau d’informateurs disséminés sur tout le continent, et promettant une belle récompense à quiconque apporterait un élément important pour leurs recherches, ils avaient cependant appris qu’un homme d’Hivrol, un petit village d’à peine une centaine d’habitants, prétendait avoir vendu du matériel à un groupe ressemblant à la description de celui de Vilario.
Immédiatement, ils s’étaient donc mis en route vers cette ville, seule piste qu’ils avaient, sans se rendre compte que les Ménestrels, qui eux aussi avançaient en aveugle, les suivaient de près.

*
* *

Les quatre ivrognent faisaient face au groupe de Vilario derrière lequel se tenait l’elfe Ilviz, qui ne comprenait toujours pas la raison de leur aide. Dans une région comme celle-ci, il était rare que des personnes risquent leur vie pour quelqu’un d’autre, quelles que soient les conditions. Mais le groupe hétéroclite qui se trouvait devant elle semblait être un groupe de voyageurs, et non de locaux. Une raison de plus pour ne pas s’embêter avec des affaires qui ne les regardaient pas ! Ils devaient bien avoir un objectif. Leur passage ici ne pouvait être qu’une étape. Alors pourquoi mettaient-il en péril leur voyage pour quelqu’un comme elle ?
Devant elle, l’homme avait déjà sorti une épée longue, et à ses côtés un garçon à qui Ilviz aurait donné tout au plus dix-sept ans, tenait dans une main une épée courte, et dans l’autre une dague. L’un des nains se tenait en retrait, une arbalète dans la main, tandis que l’autre, brandissant une hache, semblait se mettre face à celui qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, comme pour le protéger. Enfin, une femme s’était levée elle aussi et avait rejoint le groupe, avec une dague dans chaque main.
La situation était en train de dégénérer, et Ilviz se doutait que l’affrontement serait inévitable. Mais elle ne voulait pas laisser ces gens se battre pour elle sans être à leurs côtés. Elle s’avança alors et se posta à la droite du rôdeur, une épée courte à la main.

- Pas de ça chez moi ! hurla le patron de l’établissement en voyant la scène qui se déroulait sous ses yeux. Si vous voulez-vous battre, sortez dans la rue !

Mais l’ivrogne au nez éclaté ne laissa pas le temps à l’aubergiste de les mettre dehors, et bondit en direction de Shydane, armé de son épée bâtarde. Le bruit du métal s’entrechoquant résonna dans la pièce, tandis que les différents clients s’échappaient de l’établissement pour ne pas être victime d’un coup perdu, et que les trois compagnons de l’ivrogne se lançaient à l’assaut du reste du groupe.
Avec sa dague, Vilario para une attaque de l’homme maniant l’épée courte, puis comme le lui avait appris l’étranger qu’il avait rencontré une dizaine de jours auparavant, tenta une attaque avec son épée courte. C’était la première fois qu’il mettait en application sa nouvelle méthode de combat dans des conditions réelles, mais cela semblait plutôt bien fonctionner. Il s’était beaucoup entraîné depuis, mais rien ne valait un vrai combat pour réellement apprendre. Son adversaire n’était cependant pas un combattant hors pair, car Vilario remarqua rapidement de nombreuses failles dans sa défense. A plusieurs reprises, le jeune garçon aurait pu le tuer, mais ce n’était pas du tout son intention. Ces hommes étaient de parfaits idiots, mais ne méritaient pas pour autant la mort. Il cherchait donc seulement à l’assommer, rien de plus.
Plus loin dans la pièce, Shydane combattait l’homme au nez éclaté. Visiblement, il n’avait pas non plus l’intention de donner la mort à son adversaire, car il laissa aussi passer plusieurs occasions de mettre fin au combat de manière désastreuse pour celui qui enchaînait les attaques contre lui. Profitant d’une faille dans la défense adverse, le rôdeur frappa l’ivrogne en plein nez avec le pommeau de son épée. L’homme hurla de douleur en recevant le coup sur son appendice déjà éclaté et lâcha son arme sur le sol pour se tenir le visage entre les mains. Dans son dos, ses compagnons continuaient le combat sans s’apercevoir que leurs adversaires ne faisaient que parer leurs attaques sans tenter aucune attaque mortelle de leur côté.
Relevant la tête les yeux rouges de rage, le meneur du groupe désarmé bondit alors sans réfléchir sur Shydane, penché en avant, pour tenter d’attraper le rôdeur à la taille et de le bousculer sur le sol. D’un bond en hauteur, en s’appuyant sur une chaise qui traînait par là, l’ami de Vilario évita cette attaque maladroite et admira le vol plané que son agresseur fit en s’écroulant sur une autre table placée là, et qui s’écroula sous son poids. Assommé, l’homme tomba inconscient sur le sol.
En voyant leur ami ainsi allongé par terre, ses compagnons de beuverie crurent qu’il avait été tué et prirent peur. Au même instant, ils prirent tous les trois leurs jambes à leurs cous et fuirent l’établissement comme l’avaient fait les autres clients quelques minutes plus tôt.

Sans perdre de temps, Vilario et ses compagnons firent de même, avant que les autorités n’arrivent, mais bizarrement, ils virent l’elfe qu’ils venaient d’aider hésiter à sortir de la taverne. Après un moment d’hésitation, elle finit tout de même par sortir elle aussi et courir à la suite de ceux qui venaient de la tirer d’un mauvais pas, et de disparaître avec eux à l’extérieur du village...

Episode 11 - Poursuivie
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