Bonjour. Identifiez-vous. Nouveau membre ? Inscrivez-vous.

 

 

 

 

13 Mirtul 1357 CV - 01h00

L’homme courait à perdre haleine.
Effrayé, il ne pouvait que courir sans s’arrêter. Son cœur battait si vite qu’il sentait le moindre flux de sang parcourir ses veines. Il essayait de respirer régulièrement mais un point, par manque d’oxygène, naquit dans sa poitrine. Courir… Vite… Leur échapper... Prévenir les autres… Leur dire ce qu’il venait de découvrir.
Tournant légèrement la tête, il se laissa tenter à lancer un fugace regard derrière lui. Rien. Personne. Pas âme qui vive. L’homme n’était pas dupe, ce court moment de calme annonçait une tempête, une tempête violente. Il s’arrêta afin de reprendre son souffle et observa son environnement. Des arbres, rien que des arbres à perte de vue. Il maudit son inconscience.
Toujours aux aguets, il se décida à continuer d’avancer lentement afin d’essayer de faire disparaître cette douleur qui siégeait dans sa poitrine. Après quelques instants, il résolut de se remettre à courir. Son esprit n’était que pur chaos, il dut remettre de l’ordre à l’intérieur et commença à réfléchir à ce qu’il ferait en arrivant. Il aurait à convaincre les autres. Ce qu’il leur dirait ne serait que pure divagation de sa part pour certains. Leur faire admettre la vérité ne serait pas facile.
Alors qu’il courait, il sentit une présence derrière lui. L’avaient-ils retrouvé ? Il n’osa pas se retourner, zigzagant entre les arbres. La lisière de la forêt se dessina au loin. A chacun de ses pas, celle-ci se précisait, lentement mais sûrement. La présence se faisait bien plus sentir, plus proche. Sur son visage se dessina une grimace, de douleur, de peur, d’espoir… Plus que quelques pas avant de sortir de la Haute Forêt.
Alors qu’il atteignait enfin la lisière, il sentit quelque chose de froid lui labourer le dos. La douleur qui en résulta lui arracha un cri et le fit trébucher. Il roula dans le tapis de feuilles puis sans chercher à en savoir plus sur la créature qui l’avait attaqué ou sur la gravité de sa blessure, il se releva rapidement et continua à courir.
Il courait à perdre haleine.


Ecrit par Dr Brains & Chien de pestilence
D'après une idée de : Morcar

13 Mirtul 1357 CV - 08h00

Shydane avait donné l’ordre de lever le camp. Le soleil venait de se lever et le ciel était clairsemé de légers nuages d’un blanc immaculé qui semblaient flâner et paresser dans le bleu azur. Cela changeait des derniers jours où la pluie n’avait cessé de tourmenter les voyageurs.
L’ambiance n’était pas au beau fixe, à l’inverse du temps de la journée. Le début du mois de Mirtul avait compté plus de mauvais jours que de bons, et le froid, l’humidité et la boue des derniers jours avaient eu raison du moral de Vilario au bout des deux dizaines de marche qu’ils venaient d’enchaîner. Shydane jouait les éclaireurs à bonne distance devant eux et ne revenait que pour donner des indications et Glorthic, qui fermait la marche, restait stoïque et ne disait mot. Tout comme Ladril, qui suivait Shydane de près, il semblait gêné par la présence de leur nouvelle compagne de route.
Perchée sur Rosie, Ilviz ne paraissait pas le remarquer, toute son attention étant captée par un Dwalgnar dithyrambique. Contrairement à d’habitude, le mauvais temps ne l’avait pas fait ronchonner et il ne s’était pas plaint de ne pas dormir dans le lit douillet d’une des auberges rencontrées sur la route.
La présence de l’elfe de lune semblait l’avoir transformé. Pour ce que comprenait Vilario, il tentait de la séduire. Ca au moins, cela ressemblait bien au Dwalgnar qu’il connaissait. Ilviz, quant à elle, semblait apprécier que quelqu’un du groupe s’intéresse à elle et daigne lui adresser la parole, même si il s’agissait d’un nain bavard comme une pie.

- ... et c’est ainsi que j’ai quitté Eauforte, seule, expliquait Ilviz. Je ne savais que faire, alors j’ai continué à avancer vers l’Ouest, vers Sécombre. Et puis nous nous sommes rencontrés. Je vous remercie beaucoup de m’avoir secourue.
- C’est tout naturel, rétorqua Dwalgnar avec son sourire le plus charmeur. Tymora m’a permis de contempler la plus belle elfe de Féérune. Je n’allais quand même pas la laisser se faire malmener par ces ruffians avinés !
- Oh, vous me flattez, maître nain, minauda Ilviz. Vous allez me faire rougir.
- Je vous en prie, pas de cérémonie entre nous, s’offusqua le nain. Appelez moi Dwalgnar. Vous ai-je déjà dit que vos yeux étaient magnifiques et que leur couleur s’accordait à merveille à celle de votre teint
- Oh oui ! Au moins une dizaine de fois depuis que nous avons levé le camp, répondit Ilviz en souriant.
- Bah ! Cela n’est pas encore suffisant pour décrire l’éclat de…
- Taisez-vous ! ordonna sèchement Ladril.


Dwalgnar allait répondre vertement à cette interruption malencontreuse lorsqu’il vit que Shydane s’était arrêté. Le groupe continua d’avancer silencieusement, prêts à parer à toute éventualité.

- Qu’y a-t-il Shydane ? demanda Dwalgnar ronchon lorsqu’ils furent à quelques pas de lui.
- Tais-toi, un instant ! répondit le rôdeur.


Toisant son environnement, il se dirigea vers la lisière de la forêt. Vilario regarda ses compagnons, qui ne comprenaient pas plus que lui ce qui se passait, et s’approcha de Shydane. Il resta silencieux, observant le rôdeur. Celui-ci lui fit signe d’écouter. Vilario s’exécuta, il n’entendit rien au début puis petit à petit il parvint à entendre ce qui avait attiré l’attention de son mentor. Un long râle, une respiration difficile. Le jeune homme dégaina son épée courte.
S’approchant de la lisière, tous deux s’enfoncèrent lentement dans les fourrés. Petit à petit, ils découvrirent d’où provenait ce bruit. Un homme, à terre, lacéré de tous les côtés, émettait ces râles d’agonies. Le jeune homme s’approcha du mourant. Shydane derrière lui ne cessait de lancer des regards à la forêt. A l’expression de son visage, le jeune homme pouvait deviner que le rôdeur s’attendait à tout instant à une attaque venant de la futaie. Il reporta son attention sur le mourant. Celui-ci posa ses yeux sur les voyageurs. Il essaya de parler mais ses mots se transformèrent en borborygmes, ponctués de filets de sang coulant des commissures des lèvres. Le mourant tenta de renouveler l’opération plusieurs fois. Vilario rassura l’homme, lui disant de se calmer et qu’ils allaient le sauver. Petit à petit des mots se firent de plus en plus distincts. Alors que Vilario allait appeler l’aide de Glorthic, l’homme lacéré s’éteignit.

- Qu’a-t-il dit ? demanda froidement Shydane à son élève.
- Je... Je ne suis pas sûr... répondit Vilario. Je crois qu’il a prononcé : malédiction, vengeance et mort.

*
* *

L’aube venait de se lever et Finrenard remercia Séhanine Archelune pour cette nouvelle journée. Après avoir rangé ses affaires, il s’étira puis entreprit de reprendre ses activités. Deux jours plus tôt, l’elfe de lune avait quitté un hameau humain du nom de Lluiren, afin de retrouver un homme. Il avait passé une bonne journée à chercher des traces près de la lisère de la Haute Forêt. Il avait arrêté sa traque afin d’entrer en rêverie. Elle avait duré trois heures.
Evaluant son environnement, il reprit sa mission. Après deux heures et demie, il découvrit des traces suspectes. S’arrêtant et les examinant, le barde reconnut le pas lourd d’un humain, du sang séché se trouvait près des traces. Une autre piste serpentait dans la même direction que celle prise par le propriétaire des premières traces.

- Yuan-ti... souffla l’elfe.

Les dires des habitants du hameau semblaient donc fondés. Les traces se dirigeaient hors de la forêt. Les yeux bleus pailletés d’or de Finrenard toisèrent la lisière. Avait-il réussit à s’échapper. Un doute étreignit le cœur de l’elfe. Il devait faire vite. Etant donné que le sang était coagulé, il avait beaucoup de retard sur les propriétaires des empreintes.
Il décida d’accélérer le pas. Avait-il réussi à semer la bête ? Avait-il réussi à rejoindre le hameau ? Beaucoup de questions et peu de réponses. Et dire que la prêtresse d’Ilmater, Dame Soti n’était pas là pour l’aider. Elle connaissait bien mieux que lui les environs du hameau et cette partie de la Haute Forêt.
Quittant la forêt à grandes foulées, il remarqua au loin un attroupement de quelques personnes. L’elfe s’avança calmement pour se présenter, main sur le pommeau de sa rapière.

- Heureuse rencontre, inconnus ! lança l’elfe.

Le groupe se retourna. Celui-ci comprenait deux nains se ressemblant comme deux gouttes d’eau, si ce n’était que l’un semblait être un guerrier et l’autre peut être un marchand, qui tenait les rênes d’une mule sur laquelle était perchée une elfe de lune aux membres tatoués. Trois autres semblaient être des humains. Deux hommes et une femme. Le plus jeune d’entre eux était accroupi près d’un corps lacéré. L’elfe reconnu immédiatement la victime comme étant l’homme qu’il recherchait.

- Nous n’y sommes pour rien, nous venons d’arriver, s’empressa de préciser le plus jeune d’entre eux devant le regard horrifié de l’elfe.
- Je le sais, il a été attaqué par une monstruosité… Mais qui êtes vous ?
- De simples voyageurs ! répondit l’humain plus âgé.


L’elfe sentait des regards qui le jaugeaient. Mais la chose qui le préoccupait était surtout de ramener le corps de la victime à sa famille.

- Puis-je vous demander de me prêter votre mule afin de ramener le corps de mon ami !
- Ah ça, il en est hors de question ! Et je fais comment moi ? contra le nain ressemblant à un marchand.


La jeune femme et l’homme se regardèrent et semblèrent se mettre d’accord entre eux d’un hochement de tête.

- Où doit-on le ramener ? demanda la jeune femme.
- Lluiren...
- C’est là que nous allons, dit le plus jeune des deux humains aux autres. Nous pourrions peut-être...
- Nous pourrions effectivement le transporter sur la mule, consentit l’humain le plus âgé.
- Ah, non alors et comment je vais faire ? répéta le nain.


L’elfe tatouée descendit de la mule, se pencha vers l’oreille du nain bougon et lui susurra quelques mots à l’oreille. Celui-ci plissa les yeux, rêveur, puis tendit les rênes de l’animal à Finrenard.

13 Mirtul 1357 CV - 14h00

Depuis le retour de Finrenard, du défunt et des inconnus, tous les habitants de Lluiren s’étaient rassemblés dans la salle commune de l’auberge du Bois Céleste. Vilario et ses compagnons restaient cloîtrés une des chambres qui leur avaient été allouées. De fugaces éclats de voix leur parvenaient. Vilario se rappelait les évènements de Bérégost et une boule se forma dans sa gorge. Etait-il possible que tout recommence ?
Assis sur l’une des chaises près de la porte, le jeune homme balaya la chambre du regard. Shydane était près de la fenêtre. Il n’avait pas dit mot depuis leur arrivée. Vilario avait observé son mentor, essayant de discerner ce qu’il pensait mais avec peu de résultat. Glorthic restait de marbre, tel un roc inébranlable. Rien ne semblait l’incommoder. En observant plus en détail, il semblait au jeune homme que le nain marmonnait quelque chose. Sûrement une prière à Moradin, déduisit Vilario. Dwalgnar, couché sur le lit, ne cessait de regarder Ilviz. L’elfe aiguisait l’un de ses poignards.

- Dites moi, ma chère Ilviz, commença Dwalgnar, comment se fait-il que vous puissiez aiguiser un poignard alors qu’on nous a confisqué toutes nos affaires ?
- Si, je devais vous le dire, je devrais vous tuer ensuite, répondit-elle, mi-sérieuse mi-amusée.


Vilario se décida à se lever et à s’approcher de Shydane. Les mains moites, il s’approcha du rôdeur.

- Shydane... Penses-tu que... débuta Vilario.
- Si tu penses encore aux évènements de Bérégost, tu peux oublier, coupa Shydane. Ca n’a rien...


Le grincement d’une porte les fit tous tourner la tête vers l’origine du bruit. Une adolescente se tenait sur le seuil de la porte. Elle devait à peu près avoir l’âge de Vilario. De longs cheveux noirs cascadaient sur ses épaules et ses yeux d’un bleu profond toisaient le petit groupe. La jeune femme était accompagnée de deux hommes.

- Vous pouvez descendre, déclara-t-elle. Nous vous attendons !

Le petit groupe quitta la chambre pour traverser le long couloir de l’étage et descendre les escaliers afin de rejoindre la salle commune. Vilario crut discerner un léger soupir de la part de Shydane.
Arrivé en bas des marches, il remarqua qu’il ne restait plus qu’une dizaine de personnes dans la salle. Certainement les membres de la famille du mort et les représentants de Lluiren. L’elfe qu’ils avaient rencontré, nommé Finrenard, se tenait à part des autres sans dire un mot.
Un homme aux cheveux blancs et au visage parcheminé les pria de s’asseoir à l’une des tables. Une fois tout le monde assis, il prit la parole.

- Bien, nous avons discuté de votre cas. Selon l’elfe, vous n’êtes pour rien dans la mort de notre ami. Nous avons finalement conclu que vous n’êtes que de simples voyageurs qui sont tombés sur Atlus par hasard. Nous vous remercions de nous l’avoir ramené mais nous désirons savoir qui vous êtes et le motif de votre présence ici.

Les aventuriers se regardèrent un instant avant que Vilario ne prenne spontanément la parole.

- Nous sommes à la recherche d’une personne. On nous a indiqué que l’on pourrait peut-être la trouver ici. Il s’agirait d’un prêtre de Baine.
- Inepties ! Aucun adepte du seigneur des ténèbres n’habite par ici, en notre belle communauté, et encore moins un prêtre.


L’homme commençait visiblement à s’énerver lorsque la vieille femme à ses côtés essaya de le calmer.

- Bergaius, calmez-vous, pensez à votre santé ! Evidemment qu’aucun homme de cet acabit ne vit ici. Mais Il y a quelques années, d’après mes souvenirs, le village avait été pillé par des voleurs de la pire espèce et ceux-ci avaient été menés par un disciple de Baine. Mais c’était il y a fort longtemps et je pense que cela n’est que de l’histoire ancienne…
- Je n’en suis pas si sûr ! coupa Shydane. Pourrions-nous savoir à notre tour ce qui se passe en ces lieux ? Ce n’est pas tous les jours que mes amis et moi ramenons un mort jusque chez lui. J’ai remarqué en arrivant le regard suspicieux des habitants de ce bourg à notre encontre.


L’ensemble du conseil de Lluiren se regarda comme s’interrogeant silencieusement sur la marche à suivre. Devait-il faire confiance à ces inconnus ? Etaient-ils liés d’une manière quelconque à ce qui se tramait en dehors du bourg ?
Ce fut Finrenard qui décida à leur place.

- C’est il y a deux dizaines que tout à commencé, alors que Dame Soti partait en pèlerinage, expliqua-t-il. Pour votre gouverne, il faut savoir que Dame Soti fait partie de l’un des clergés les plus nobles et respectés, celui d’Ilmater. Bref, une fois qu’elle eut quitté la région, de sombres événements ont eu lieu. Les premiers soirs des bestiaux morts, éventrés et vidés de leurs entrailles. Puis il y a une dizaine tout s’est accéléré. Ce fut des agressions, puis il y a trois jours des disparitions de personnes. Atlus, bien décidé à découvrir ce qui se passait, a pris son épée longue puis s’est enfoncé seul dans la Haute Forêt. Ce matin vous êtes tombés sur notre pauvre ami, mort. Selon mes observations, il s’agirait de Yuan-ti. Voilà dans quoi vous avez mis les pieds.

La vieille femme rendit un regard reconnaissant à l’elfe de lune alors que celui qui semblait être le bourgmestre, Bergaius, fulminait que l’on ait informé des étrangers sur ce qui se déroulait ici.

- Ecoutez, nous sommes perdus et sans Dame Soti, nous ne savons que faire. Si vous nous aidez à découvrir ce qui se passe et à retrouver nos disparus, nous vous aiderons à retrouver ce suppôt de Baine, proposa la vieille femme.

13 Mirtul 1357 CV - 18h30

- Tu penses vraiment le faire ? demanda Ladril au rôdeur qui semblait être sur le point d’accepter le proposition de la vieille femme. Cela ne nous regarde aucunement, Shydane. Cela va peut être même nous attirer des ennuis !

Le rôdeur avait réfléchi tout l’après-midi, s’interrogeant sur le bien fondé de cette proposition, et de ce que pourrait leur apporter à eux le fait d’aider ces villageois. Il avait fini par proposer à ses compagnons d’aider les habitants de Lluirien, mais tous n’étaient pas de son avis.

- Shydane a raison ! contra Glorthic. Si nous sommes ici ce n’est sûrement pas pour rien, peut être est-ce la volonté des Dieux. Et nous devons nous y soumettre. Si le Mal à décidé d’étendre son influence ici, nous devons à tout prix l’en empêcher !
- Et qui te dis que nous devons vraiment nous en occuper. Ils ne connaissent pas ce maudit Zhent, constata Dwalgnar. Laissons tomber et retournons vers la Côte des Epées. Je suis sûr que d’autres pistes nous y attendent…
- Où d’autre donzelles ? continua Ladril avec un petit sourire en coin.
- Oh, ne l’écoutez pas, Ilviz, se défendit Dwalgnar en se tournant vers l’elfe. Elle me taquine toujours avec ça.


La jeune femme se tourna vers Vilario.

- Si nous sommes ici c’est pour toi, je pense que la décision t’appartient, Vilario ! déclara Ladril.

Shydane leva un sourcil, lançant un regard perplexe sur la voleuse. Pourquoi avait-elle laissé le choix à son jeune apprenti ? Pour l’énerver ? Il la connaissait, elle aimait jouer de ses sentiments. Mais après tout elle n’avait pas tort, ils étaient ici pour Vilario.
Ce dernier tourna la tête vers Shydane. Celui-ci acquiesça, lui laissant le choix.

- Alors, nous les aiderons et comme l’a proposé la représentant de Lluiren, nous serons aidé ensuite afin de retrouver ce prêtre qui pourra sûrement répondre à nos questions.
- De toute façon, on y est déjà jusqu’au cou, alors autant rester ici cette nuit ! convint finalement Dwalgnar.


Le nain avait remarqué que Shar avait étendu son règne sur les cieux et rien ne lui disait de repartir tout de suite. De plus les lits n’étaient pas si mauvais et la compagnie d’Ilviz n’en serait que plus agréable...

*
* *

Durant la nuit, Vilario remarqua que Shydane et Glorthic préparait quelque chose mais il n’aurait pu dire quoi. Il passa une partie de la nuit en compagnie de deux adolescents à peu près du même âge. Une fille et un garçon. La fille était celle qui était venu les chercher un peu plus tôt pour l’entretien avec les représentants de la ville. Elle s’appelait Niha et était la fille du défunt aubergiste qu’ils avaient trouvé durant la journée. Malgré son chagrin la jeune fille essayait de vivre. Le garçon pour sa part était un peu plus jeune, il s’appelait Xaruc, beaucoup plus frêle que Vilario il gardait une peau d'une blancheur maladive ses traits étaient anguleux. Une chevelure touffue blond pâle trônait sur son crâne et ses oreilles étaient légèrement pointues. Il avait un ascendant elfique, déduisit Vilario.

- Tu sais, il y a des années notre communauté a affronté une menace redoutable, expliqua-t-elle à Vilario. Un suppôt de Baine. Dame Soti, Maître Laeden et le père de Xaruc l’ont combattu. D’après les dires de Dame Soti, le père de Xaruc est mort avant que la vraie bataille ne puisse commencer. Cela donna beaucoup de tristesse à sa mère, qui quelques années plus tard mourut de chagrin. Ce fut Dame Soti et Finrenard qui s’occupèrent de son éducation.
- Tu crois que ce prêtre de Baine est toujours en vie ? demanda Vilario.
- Je ne crois pas. Dame Soti est une prêtresse d’Ilmater et d’après son récit, il ne pourrait pas revenir.
- Et si Baine lui avait permis de revenir fouler Féérune ? proposa Xaruc.
- Euh, eh bien peut être, consentit Niha. Je n’y connais rien à tout cela. Il faudrait demander à une personne ayant des connaissances en religion.


Vilario acquiesça, Il savait que Glorthic était un fidèle adepte de Moradin, peut être pourrait-il l’aider. Il s’était décidé à poser la question au nain. Mais alors qu’il allait pénétrer dans la pièce, il n’osa point le faire et préféra écouter la discussion entre son mentor et le nain dévot.

- Tu crois les Yuan-ti se sont associés avec ce prêtre de Baine ? demanda Glorthic.
- Je ne sais pas, je préfère ne pas trop y penser, répondit Shydane. Si c’est le cas il vaudrait mieux qu’un petit groupe y aille pour voir ce qui se trame dans la Haute Forêt. Vilario restera ici avec Ladril, Dwalgnar et Ilviz.


Entendant cela, Vilario allait crier qu’il n’était plus un enfant et qu’il était tout aussi capable qu’un autre de faire partie de cette expédition. Mais une main sur son épaule le retint d’émettre tout son. Tournant la tête, il remarqua la voleuse, avec son air malicieux.

- Alors que disent-ils ? souffla-t-elle calmement.
- Rien, ils discutent de la situation, répondit-il après avoir réfléchit un moment.


La jeune femme lui fit un clin d’œil avant d’ouvrir la porte et d’entrer nonchalamment, laissant Vilario avec ses doutes.

13 Mirtul 1357 CV - 23h30

La nuit s’écoulait calmement, Vilario dormait à poing fermé. Les événements de la journée l’avaient achevé. Nul n’aurait pu dire à quoi il rêvait en cet instant précis et de toute façon, cela n’était qu’une chose sans importance car il fut réveillé par un cri. Un cri d’horreur. L’esprit embrumé par le sommeil il se dépêcha de prendre son arme. Enfilant ses bottes, il sortit de la chambre, courut dans le couloir, épée au clair. Dans le corridor, il rencontra Ladril, Shydane et Glorthic qui s’étaient levés. Un Dwalgnar baillant arriva.

- Mais pour l’amour des dieux qui ose pousser un tel cri ? baragouina-t-il.

Shydane le fusilla du regard. Devant ce regard noir, le nain préféra ne plus dire aucun mot. Le rôdeur, leur fit signe de se séparer. Les jumeaux Tonnerre et Ladril inspecteraient l’étage pendant que Vilario et lui inspecteraient le rez-de-chaussée.
Shydane et Vilario descendirent les escaliers en bois en s’efforçant de faire le moins de bruit possible. Arrivés aux dernières marches, ils inspectèrent d’un regard furtif la salle commune plongée dans l’obscurité. Pas de mouvements ! Pas âme qui vive.
Les deux hommes pénétrèrent furtivement dans l’immense salle remplie de tables et de chaises. Chacun prenant l’un des deux côtés de la salle pour couvrir plus d’espace. Ils avancèrent lentement. Observant leur environnement, Vilario détecta du mouvement près de porte de la cuisine. Avertissant son mentor, tous deux se préparaient à accueillir chaudement tout intrus. Serrant son épée de toutes ses forces, Vilario aperçut une petite lueur. Celle-là venait d’une petite chandelle. Grâce à la faible lueur, il reconnut Niha qui sortait de la cuisine. Les yeux en pleurs, la jeune fille avait le visage lacéré. Elle se blottit dans les bras de Vilario.

- Que se passe-t-il ? demanda doucement le jeune homme.
- Un monstre... nous a attaqué, mon oncle et moi, répondit-elle d’une toute petite voix. Oncle Owen...


Shydane laissa les deux jeunes, pour se diriger vers la cuisine, qu’il traversa pour se retrouver dehors derrière l’auberge.
Le rôdeur fouilla les lieux et découvrit du sang frais et des morceaux de peaux. Observant avec toute son expérience, il ne trouva aucune trace indiquant une attaque de Yuan-ti. L’oncle de la jeune femme était peut être en vie et il fallait faire vite.

Les préparations se firent rapidement. Glorthic, Ladril et Shydane furent rapidement préparés. Au début, Shydane n’accepta que la venue du nain. Tous deux étaient expérimentés au combat. Shydane pourrait traquer la piste du squameux et délivrer l’oncle de Niha avec l’aide du nain.
Des protestations se firent de la part des autres mais Shydane usa de son autorité naturelle pour calmer les réclamations de Vilario, tandis que Dwalgnar et Ilviz ne semblaient pas vouloir insister pour venir. Dwalgnar n’avait pas envie réellement de se promener à la chasse aux squameux la nuit dans la Haute Forêt, d’autant que ça lui permettrait de rester en compagnie de la belle elfe de lune qui semblait préoccupée. Shydane demanda à Vilario de rester avec Niha, pour la protéger jusqu'à ce qu’il revienne. Le jeune homme aurait voulut protester vigoureusement, mais y renonça. Ladril était une jeune femme indépendante et Shydane n’aurait pas réussi à la faire changer d’avis. Aussi ne le tenta-t-il même pas.

14 Mirtul 1357 CV - 00h00

Shydane, Glorthic et Ladril venait de quitter le hameau, en direction de la Haute Forêt, disparaissant dans la nuit sous les regards de Vilario et de Dwalgnar.
Le jeune homme et le nain se rendirent auprès de Niha. Lorsqu’ils pénétrèrent dans l’auberge la jeune femme était entourée de Finrenard, d’Ilviz et de Xaruc. Vilario aurait voulut demander si elle allait mieux mais Dwalgnar avec son bagout naturel qui prit la parole.

- Alors, comment va-t-elle ?
- Je vais mieux, dit la jeune fille.


Mais à la voir, il était peu probable que la jeune fille aille réellement mieux. Ilviz demanda à Xaruc de la coucher dans l’une des chambres. Elle lui promit qu’avec eux ici et le village en alerte elle n’avait réellement rien à craindre. Devant les mots de l’elfe, la jeune femme fut rassurée et monta avec Xaruc.

- Croyez-vous que vos amis parviendront à rester en vie et revenir ici ? demanda Finrenard, soucieux.
- Bien sûr que oui, nous avons affronté bien des épreuves plus dures, ami elfe, et ce n’est pas quelques squameux qui vont leur faire peur, répondit le nain en gonflant le torse. De toute façon, on ne les reverra pas de sitôt, ces reptiles à faces de bouses !


Vilario sourit en entendant les paroles de son ami.

- Dîtes moi, pourquoi le bourgmestre n’a-t-il pas demandé l’aide des autres communautés ? questionna le jeune homme.
- Cela a été proposé, répondit Finrenard. Mais ce cher bourgmestre est de ceux qui pensent que les soucis de notre hameau ne regardent que les nôtres.


Xaruc descendit dans la pièce commune.

- Finrenard, je vais monter la garde devant la porte de Niha... dit-il.

D’un mouvement de tête l’elfe acquiesça.

- Je viendrai te relever d’ici deux heures, pour que tu puisses dormir. Moi je n’ai pas besoin de me reposer, j’ai déjà effectué ma rêverie.

Le jeune homme remonta les marches.

- Un brave garçon, remarqua Dwalgnar.
- Je connaissais bien son père et quand j’ai appris sa mort j’ai décidé de venir ici afin de rencontrer sa femme et son enfant, expliqua l’elfe. Mais cette dernière est littéralement morte de chagrin des dizaines plus tard. Avec l’aide de Dame Soti, je tente le l’élever. Ce n’est pas facile tous les jours, mais je pense y être arrivé même si il reste amer lorsque l’on parle de ses parents.


Finrenard poussa un soupir. Il regarda sans vraiment les voir les crépitements des flammes dans l’âtre, perdu dans ses pensées.

14 Mirtul 1357 CV - 02h00

Le pistage était un art dans lequel Shydane excellait. Cela faisait cependant des heures qu’ils suivaient la piste des Yuan-ti. De ses deux compagnons, ce fut Ladril qui avait le plus de mal à avancer. Shydane en avait eu conscience dès le départ. La jeune femme était à l’aise dans un milieu urbain mais en pleine nature elle peinait, d’autant que sa blessure à la main la faisait encore souffrir, malgré le mois qui s’était écoulé depuis. Mais il lui aurait fallut lui arracher un œil pour le lui faire admettre. Elle ne disait mot et essayait d’avancer de son mieux car elle était présente de son propre choix.
Alors qu’elle essayait de se dépêtrer avec quelques buissons, le rôdeur lui fit signe de ne plus faire de bruit. Glorthic s’approcha du rôdeur.

- Tu as vu quelque chose ?murmura le nain.

Shydane hocha de la tête et lui désigna un immense arbre, un peu plus loin.

- La piste s’arrête devant l’arbre, souffla l’humain.

En observant mieux l’arbre en question, les aventuriers pouvaient observer une immense ouverture entre les racines qui traversait l’arbre de part en part où trois personnes auraient pu passer de front.

- Par Moradin, je n’aime pas cela, dit Glorthic. Cela sent le piège. Nous n’avons pas encore eu trop de difficulté à suivre leur trace et les dieux savent que je n’aime pas cela, Shydane.

Le rôdeur plissa les yeux observant l’endroit. Quelque chose n’allait pas. Il le sentait, mais quoi ? Passant sa langue sur ses lèvres sèches, le rôdeur trouva Ladril bien silencieuse. Alors qu’il tournait la tête, une immense queue le projeta dans les buissons.
Glorthic roula et parvint à éviter l’attaque grâce à sa petite taille. Se relevant le nain dévot remarqua qu’un immense Yuan-ti tenait la jeune femme qui semblait inconsciente.
Attrapant son arme, Glorthic hurla un « Par les haches jumelles de Clangeddin » et courut en direction de l’immense yuan-ti. Ce dernier était un beau spécimen avec un appendice serpentin d’une taille impressionnante. Sa taille était gigantesque. Sa peau n’était pas verte mais grisâtre. Il tenait Ladril dans son immense main gauche.
L’abomination squameuse réalisa quelques arabesques avec son appendice mais Glorthic parvint à les éviter. Des flèches se plantèrent dans le torse écailleux. Shydane debout derrière le nain essayait d’attirer l’attention du monstre afin de permettre à la hache naine de mordre les chairs ennemies.
Alors qu’il allait porter son attaque, une odeur de putréfaction assaillit le nez du nain. N’y faisant guère attention, il planta sa hache dans l’appendice. Le monstre ne hurla pas mais lança la voleuse sur Shydane afin d’arrêter les tirs de flèches. Le rôdeur lâcha son arc et essaya de réceptionner la jeune femme. Pendant ce temps le nain continuait son travail d’étripage.
Ayant les mains libres, le Yuan-ti gris frappa le nain d’un revers de la main. Ce dernier se protégea avec le plat des lames de sa hache mais devant la force de l’abomination, il roula sur plusieurs mètres et lâcha son arme.
Avec son appendice disséqué, le squameux eut beaucoup de mal à user de sa reptation afin de s’approcher du nain qui se relevait.
Shydane se remit à lâcher un essaim de flèche.
Glorthic se remettant du choc alla chercher son arme. Puis observa le rôdeur afin de s’accorder avec lui pour porter une nouvelle offensive.
Alors que l’abomination s’occupait du rôdeur, une lame de dague lacéra les chairs putrides de son dos. Ladril avait surgit par surprise derrière le yuan-ti afin de lui porter une attaque sournoise. Le monstre retourna son attention vers ce nouvel adversaire. Les flèches s’arrêtèrent alors et la hache naine décapita l’immense créature qui s’affala mollement sur la terre. Le corps ne bougea plus mais aucune trace de sang n’était visible.
Aux aguets les aventuriers s’approchèrent de la dépouille, prêts à toute autre surprise mais rien ne se passa.

- Dîtes moi les gars, c’est normal que cette bestiole pue autant et semblait déjà morte avant qu’on lui face rendre l’âme, enfin si de telle chose en possède ? demanda Ladril.
- Non, elle était déjà morte bien avant qu’elle ne nous rencontre ! C’est l’œuvre d’un nécromancien, expliqua Shydane.
- Le prêtre de Baine traiterait-il avec un sombre nécromancien, ou est-il nécromancien lui-même ? demanda Glorthic, inquiet.
- Ne nous avançons pas trop, tempéra Shydane. Nous ne savons même pas si il s’agit du zhent que nous recherchons. Attendons d’en savoir plus sur notre affaire.
- Et on fait quoi maintenant ? soupira la jeune femme.


S’approchant plus près de la fin de la piste, Glorthic et Shydane observèrent l’immense végétal. Celui-ci était de taille gigantesque et son tronc était bien plus épais que ceux qui l’entouraient.

- Pauvres petits moineaux, perdus dans un piège fatal… cracha une voix qui semblait émaner de l’arbre.

Ladril, qui ne s’attendait pas à cela, sursauta.

- L’arbre... Il parle...

Shydane secoua négativement la tête.

- Cet arbre ne parle pas, il s’agit d’autre chose...

Ils firent le tour de l’arbre, et ils remarquèrent que quelque chose était pris dans le tronc. Un squelette muni d’une armure rouillée étaient empêtré dans le tronc. Seuls ses bras, sa tête et le haut de son torse dépassaient de l’écorce et il fixait les aventuriers de ses orbites vides. Si son visage avait encore possédé des lèvres, Shydane était sûr qu’il aurait pu y lire un rictus mauvais.

- Vous semblez perdus, petits moineaux, recommença le squelette de sa voix caverneuse. Vous cherchez de l’aide, sans aucun doute. Peut-être puis-je faire quelque chose pour vous.
- Ne lui fait pas confiance, Shydane, souffla Glorthic. C’est une créature maléfique.
- Maléfique ? s’offusqua le squelette. Allons, bon nain, vous devriez savoir que les apparences sont souvent trompeuses.
- Qu’as-tu à nous dire ? demanda brusquement Shydane.
- Que voulez-vous savoir ? rétorqua le squelette, malicieux.
- Nous cherchons un homme qui a été kidnappé par un Yuan-ti. Il semblerait qu’il soit passé par cet arbre.
- Effectivement, cela s’est produit, répondit le squelette, évasif.
- Par où sont-ils partis ?
- Et bien le Yuan-ti est mort, pour de bon cette fois, grâce à vous.
- Et l’homme ? Où est-il ? demanda Ladril.
- Vous voulez vraiment le savoir ? demanda le squelette.
- Nous sommes là pour ça, stupide tas d’os ! tempêta Glorthic.
- Très bien, je vais vous le dire, consentit le squelette. Vous devez passer sous l’arbre. Il y a un passage.
- Sous l’arbre !? s’exclamèrent en chœur les trois aventuriers.
- Vous voyez la petite racine qui pend sous l’ouverture, expliqua le squelette. Il vous faut la tirer, et vous rejoindrez celui que vous cherchez.


Les trois compagnons passèrent donc sous l’arbre et découvrirent effectivement ce qui ressemblait à une racine pendant au plafond du tunnel. Elle était trop haute pour que l’un d’entre eux l’atteigne, aussi Shydane décidé de faire la courte échelle à la voleuse.

- Euh, Shydane, commença Glorthic. Es-tu sûr que ce n’est pas un...

Lorsque Ladril tira sur la racine, une grande trappe s’ouvrit brusquement sous leurs pieds et tous trois glissèrent rapidement le long d’une sorte de toboggan en spirale. Ils atterrirent finalement une trentaine de pieds plus bas, formant un enchevêtrement de bras et de jambes. Une dizaine de Yuan-ti à la peau grisâtre se retournèrent alors vers eux, l’air mauvais. Plus haut, les trois compagnons pouvaient entendre résonner le rire du squelette.

- ...piège ? finit Glorthic.

Episode 12 - Sur la piste de Svanhilde
- 1 - 2 - 3 - 4 - Carte - Forum -

Ce site n'est pas officiel. D&D/Dungeons and Dragons, Royaumes Oubliés/Forgotten Realms et DragonLance sont des marques déposées de WOTC inc.
Les images telles que les couvertures de romans où les illustrations de personnages et organisations appartiennent à WOTC, Milady et Fleuve Noir.
Les titres de jeux-videos ou captures d'écrans appartiennent aux développeurs respectifs de ces jeux.
Le reste est © Morcar/Le monde de Toril