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21 Eleinte 1355 CV - 22 Heure

Enfermé dans son bureau, dans la partie Ouest de son habitation, Mohas Grinder observait l’agitation de la rue par la fenêtre, certains habitants de Luskan ayant décidé de fêter l’équinoxe Messal à la taverne qui se trouvait au coin de la rue. L’ambiance était festive, et déjà on pouvait apercevoir des passants tituber sur les pavés de la rue, tandis que d’autres groupes passaient en riant aux éclats.
Au loin, on entendait une troupe de troubadours qui interprétait un numéro de rue, pour le plaisir des passants qui les remerciaient d’une petite pièce de cuivre. Du haut de son bâtiment, dans son bureau situé au premier étage, Mohas admirait les lumières de la ville, des torches qui avaient été spécialement fixées sur les murs pour l’occasion, et dont la lumière inondait les voies pavées.
Mohas, lui, n’avait pas l’esprit à la fête. Il était soucieux, le visage fermé par une grimace que les rires dans la rue n’arrivaient pas à faire disparaître. Il essayait de comprendre pourquoi le Zhentarim en avait après lui, comme on le lui avait rapporté, mais ne trouvait aucune explication, et craignait donc à tout moment d’être la victime d’un « accident » comme il arrivait si souvent à ceux qui était en désaccord avec l’organisation. Il savait très bien que les incidents malheureux étaient plus nombreux les soirs de fête, au milieu de la foule qui avait trop l’esprit ailleurs pour se soucier de cet homme qui s’écroulait soudain sur le sol, le crâne écrasé par une pierre qui venait malencontreusement de tomber d’un vieux bâtiment longeant la rue. Aussi il avait décidé de ne pas quitter son habitation ce soir là, afin de limiter le plus possible les risques. Il savait bien pourtant qu’il ne faisait que repousser l’échéance, mais il espérait pouvoir au moins avoir quelques explications supplémentaires et pouvoir s’expliquer auprès des Zhents avant d’en arriver au pire.
Cela faisait maintenant plus de trois ans qu’il avait trouvé un accord avec l’organisation, achetant des produits à leurs commerçants, des produits arrivés tout droit par la Route Noire. Plutôt satisfait de cet arrangement commercial qui lui permettait d’entrer en possession de produits rares qui se revendaient à prix d’or sur le marché de Luskan, il avait cependant gardé secret l’identité de ses fournisseurs à ses clients comme à ses proches, craignant que ceux-ci n’apprécient pas le fait de participer à l’enrichissement des Zhents.
Mais Mohas n’avait pas eut d’autre choix. Sans le Zhentarim, son commerce aurait déjà fait faillite. Heureusement, personne ne s’était jamais douté de ses liens avec l’organisation, ou n’avait osé aborder le sujet, pas même son fils Enbar, un jeune homme loyal, travaillant au service de la cité des navigateurs dans laquelle il patrouillait tous les soirs avec son équipe de garde, et qui aurait été le plus déçu de tous d’apprendre à quel trafic son père se mêlait. Ce soir là, alors qu’il sentait la mort approcher, Mohas n’espérait qu’une seule chose, que les Zhents ne s’en prennent pas à son fils, unique famille qu’il lui restait depuis le décès de son épouse suite à une forte fièvre. Il leva alors les yeux vers le ciel, en pensant à elle, qu’il allait sans doute bientôt rejoindre, et se demanda ce qu’elle pensait de lui là où elle était, au royaume de Waukyne. Son esprit se perdit alors dans ciel, loin de tous ces tracas qui l’assaillaient chaque jour.

Mohas fut sorti brutalement de sa rêverie lorsqu’on frappa à la porte. Après qu’il ait invité son visiteur à entrer, l’un de ses gardes personnels poussa la lourde ouverture de bois, et annonça Enbar. Le père sourit en voyant entrer son fils. Ainsi il aurait au moins le plaisir de le revoir une dernière fois avant que son heure n’arrive. Mohas fit signe au garde de le laisser, et demanda à Enbar d’approcher.

- Viens mon fils, j’ai quelque chose à te dire.
- Quoi donc, père ? Vous semblez préoccupé ? N’est-ce pas pourtant un jour de fête aujourd’hui ?
- Pas pour moi, non.


Mohas fit signe à son fils de s’asseoir, mais celui-ci refusa l’invitation. Il fit un pas vers son père, le regard grave et interrogateur.

- Que se passe-t-il ? Dites-moi, enfin ! s’impatienta Enbar.
- Des assassins sont à mes trousses. Le Zhentarim veut me voir mort.
- Le Zhentarim ?! s’exclama Enbar. Mais pourquoi donc ? Que leur avez-vous fait ?
- J’ai fait l’erreur de m’engager avec eux... dit simplement Mohas, le regard tourné vers le sol. Et il semble que...


L’homme s’arrêta en cours de phrase et releva les yeux vers Enbar, qui s’approcha encore de son père, semblant tenter de comprendre plus précisément ce qu’il voulait dire. Mohas plongea son regard dans celui de son fils, un regard rempli de larmes, un regard d’adieu. Sans dire un mot, le père resta fixer le fils, attendant qu’un élément quelconque ne vienne débloquer la situation.
Le fils fit alors un nouveau pas vers son père et le prit dans ses bras. Mohas accueillit ce geste avec plaisir. Pouvoir serrer une dernière fois son fils dans ses bras était la meilleure chose qu’il aurait pu espérer. Il aimait tant ce fils pour qui il aurait donné sa vie ! Il l’aimait tant que…
La lame qui lui rentra dans le ventre coupa alors toutes les pensées qui envahissaient son esprit, et Mohas recula machinalement pour s’éloigner de son agresseur. Il porta la main à sa blessure, et la releva couverte d’un sang sombre et épais qui en disait long sur l’état de sa plaie puis il releva les yeux vers Enbar. La bouche grande ouverte, stupéfait, il resta sans rien dire face à son fils qui tenait dans sa main la dague qui venait de lui perforer l’estomac. Une larme coula le long de sa joue, et avant de s’écrouler sur le tapis de son bureau, il eut juste le temps de prononcer quelques mots à l’attention de son assassin :

- Pas toi, mon fils...

Le tueur resta quelques instants debout, face à sa victime allongée sur le tapis qui déjà était recouvert de sang. Il la fixa longuement, et soudain son visage sembla se déformer, sa silhouette sembla devenir transparente, et tout à coup le visage de l’assassin changea complètement.
Melrod était assez fière de sa réussite. Ca avait été finalement facile d’approcher cet homme pour le tuer. Elle avait craint plus de méfiance de sa part, mais finalement l’homme n’avait pas pensé une seule seconde que son fils pouvait être une menace pour lui. Elle était plutôt ravie à l’idée de la dernière pensée qu’il avait eut, ravie en pensant à l’état d’esprit dans lequel il avait quitté ce plan pour aller rejoindre le royaume de Myrkul ou un quelconque autre dieu qu’il vénérait.
Elle s’approcha alors de la fenêtre du bureau, regarda dehors où la rue s’était remplie, une foule entourant deux hommes saouls qui étaient sur le point de se battre. Elle se jeta au travers de la fenêtre dans un vacarme de verre brisé et disparut dans la foule...


Ecrit par Morcar
D'après une idée de : Morcar

7 Kythorn 1357 CV - 18 Heure

Alanis suivait le groupe discrètement à travers les rues d’Iriéabor. Lorsqu’il avait appris à ses supérieurs deux jours plus tôt qu’il avait aperçu le groupe recherché par son organisation dans les rues de la ville, on lui avait ordonné de les suivre en attendant l’arrivée de l’équipe qui devait se charger d’eux ensuite.
Depuis deux jours, il passait ainsi son temps à marcher à travers les différents quartiers de sa ville natale sans quitter du regard ce jeune adolescent et ses compagnons. Mais à travers la foule, il lui était parfois difficile de ne pas les perdre à moins de s’approcher d’eux dangereusement au risque de se faire repérer.
Les filatures étaient plus difficiles dans la cité des Milles Flèches. Ici, il était impossible de suivre une cible depuis les toits des bâtiments, ceux-ci s’élevant bien trop haut dans le ciel pour le permettre. La seule manière de pouvoir accomplir son travail était donc de marcher à la suite du groupe, en restant le plus discret possible.

Si Alanis avait décidé d’opter pour la voie de la roublardise, et avait tout fait pour faire partie du Zhentarim, il manquait encore d’expérience pour prétendre à autre chose que ce genre de missions. Sans arrêt, on lui demandait de faire le boulot qu’un autre ne voulait pas faire, ou de commencer une mission pour qu’elle soit ensuite reprise par quelqu’un de plus expérimenté. Il espérait pourtant pouvoir un jour diriger une équipe, mais il savait que ceci prendrai du temps. Et avant ça, il lui fallait faire ses preuves. Il était encore jeune, et il savait qu’une ascension dans la hiérarchie du Zhentarim se faisait lentement. Il serait patient, et ne ferait pas l’erreur que d’autres avaient faite en voulant aller trop vite.
Cette nouvelle mission était peut-être enfin l’occasion de montrer ce dont il était capable. Le manque de Zhents à Iriéabor était l’occasion rêvée pour lui de se faire remarquer. Car il avait entendu dire que ce jeune adolescent avait une importance capitale pour les Zhentarim, et il espérait bien que sa participation à sa capture serait remontée, ce qui lui permettrait de commencer à se faire un nom au sein de l’organisation.

Le groupe avait tourné dans une ruelle annexe. Alanis s’approcha de l’angle de celle-ci et y jeta un œil. Les cinq compagnons avaient déjà atteint le milieu de la ruelle. S’il ne voulait pas les perdre, il allait devoir s’engouffrer derrière eux malgré le fait que la rue soit vide. Sans ça, arrivé à l’autre bout, le groupe se glisserait dans la foule de l’avenue qu’il allait rejoindre, et le temps d’y arriver, Alanis les aurait perdu.
Tant pis, il se glissa à leur suite en longeant les murs le plus discrètement possible pour profiter de l’obscurité afin de passer inaperçu. Le groupe ne sembla pas remarquer sa présence, et rejoint l’autre artère sans même se retourner.
Depuis leur arrivée à Iriéabor, l’équipe avait bizarrement parcouru la ville de long en large sans sembler avoir réellement d’objectif. Ils avaient visité différentes échoppes, mais n’avaient pas vraiment donné l’impression de savoir ce qu’ils faisaient ou cherchaient. Alanis espérait cependant qu’ils continuent ainsi jusqu’à ce que les Zhents à qui il devait céder sa place n’arrivent. Car s’ils quittaient Iriéabor avant que la dénommée Melrod ne le rejoigne avec ses hommes, ils risquaient de perdre de nouveau leur trace.

Le groupe tourna à nouveau sur la droite, dans une ruelle qui permettait de rejoindre l’artère principale Sud de la ville. Le jeune Zhent s’engouffra à leur suite sans crainte, et le suivi dans l’ombre. Alors qu’il arrivait au milieu de la rue, il lui sembla remarquer quelque chose d’étrange parmi ceux qu’il poursuivait cependant. Il y avait le jeune garçon, les deux nains, la voleuse, l’elfe et… C’était ça, il manquait l’un des membres de l’équipe.
Alanis n’eut pas le temps de réagir à ce qu’il venait de découvrir, il entendit un bruit derrière lui au moment même où un violent coup s’abattit sur l’arrière de son crâne, et où il s’écroula sur le sol.

*
* *

- Qui est-ce ? demanda Vilario à Shydane qui fouillait l’homme qu’il venait d’assommer.

Pour toute réponse, le rôdeur retourna un morceau du vêtement du jeune homme qui était allongé sur le sol et fit apparaître un Z jaune cousu sur celui-ci.

- Ils ont retrouvé notre piste, dit alors le rôdeur. Il va falloir qu’on se dépêche si on ne veut pas être ennuyés.

Arrivés deux jours plus tôt en ville, le groupe n’avait pas cessé d’en parcourir les rues en tout sens, à la recherche de l’information qu’ils étaient venus y chercher. C’est une dizaine de jours plus tôt, après s’être reposés trois jours à Lluirien pour se remettre de leur combat contre Svanhilde, et avoir parcouru la région à la recherche de quelqu’un capable de leur permettre de retrouver l’origine du parchemin qui constituait leur seule piste, qu’ils avaient enfin découvert que celui-ci avait été adressé par un coursier venu de la Cité des Mille Flèches. Ils s’y étaient alors rendu au plus vite pour suivre cette piste, et à présent qu’ils avaient découvert ce qu’ils cherchaient...

- Il ne nous reste plus qu’à aller rendre visite à ce commerçant qui pourra nous dire quelles capacités ont nos nouvelles armes, et à découvrir où cette Zhent devait envoyer Svanhilde, puis on pourra repartir dès demain, dit le rôdeur en se relevant.
- Et on abandonne ce Zhent comme ça, sans rien faire ? s’insurgea Dwalgnar.
- Regarde-le, dit Shydane. C’est un gosse. Il n’est pas d’un grand risque. Laissons-le. Lorsqu’il reprendra ses esprits, on sera déjà bien loin...


Ladril regarda le rôdeur d’un air surpris. Il avait décidément bien changé durant toutes ces années d’absence. Il fut une époque où il n’aurait pas hésité à se débarrasser de toute personne gênante, quel que soit son âge. Sans doute son rapprochement de Vilario l’avait fait se rendre compte que tout le monde ne méritait pas un tel sort.
La voleuse ne savait pas vraiment expliquer ce qu’il y avait, mais il existait entre le rôdeur et l’adolescent un lien affectif très fort qu’elle n’aurait jamais soupçonné de voir chez Shydane. Il semblait être prêt à tout pour ce jeune garçon, là où autrefois seule sa vie comptait. Aujourd’hui, elle le voyait sous un jour nouveau, elle le revoyait comme elle l’avait vu les premiers mois qu’elle l’avait connu, avant qu’il ne change définitivement.
Abandonnant Alanis au milieu de cette ruelle, le groupe repris la route comme si de rien n’était.

7 Kythorn 1357 CV - 19 Heure

Assis dans un coin de la taverne de ce village situé à deux jours de marche d’Iriéabor, il restait silencieux observant le groupe de Zhents qui était assis à une autre table non loin de là, tout en buvant quelques gorgées de bière de temps à autre. Il remerciait cet informateur étrange qui lui avait permis de retrouver celle qu’il recherchait depuis tant d’années.
Sans cesse, Melrod lui avait échappé, et il l’avait définitivement perdue de vue voilà bientôt un an. Mais à présent qu’il avait retrouvé sa trace grâce à cette information qui bizarrement ne lui avait pas coûté une seule pièce d’or, il l’avait enfin de nouveau sous les yeux, et ne la quitterait plus, jusqu’au moment opportun où il pourrait enfin assouvir sa vengeance.
Il avait pourtant hésité avant de suivre cet homme qui n’avait pas voulu donner son nom, se demandant pour quelle raison il l’aidait ainsi sans rien demander en contrepartie. L’homme lui avait juste affirmé que leurs objectifs étaient communs, sans rien préciser de plus. L’homme l’avait mené jusqu’au groupe de Zhents, puis l’avait abandonné, sans rien dire de plus.

Enbar allait bientôt enfin pouvoir avoir sa vengeance...

22 Eleinte 1355 CV - 6 Heure

Luskan était encore endormie, fatiguée de la fête de la veille, lorsqu’Enbar arriva chez son père. Il avait été convoqué en urgence par ses supérieurs, à la demeure familiale. Son inquiétude était donc grande lorsqu’il passa la porte. Il craignait le pire. Ce qui l’intrigua cependant, lorsqu’il entra dans la maison de ses parents, ce fut de voir ces deux gardes fermer la marche derrière lui, comme s’il avait été un criminel activement recherché.
A sa vision, les hommes de son père lui ouvraient les portes silencieusement, en regardant ailleurs, comme s’ils ne voulaient pas croiser le regard du jeune garde de la cité. Que pouvait-il donc s’être passé ?

C’est en entrant dans l’étude de Mohas qu’il obtint la réponse à sa question. Son père était là, gisant sur le riche tapis qui ornait la pièce depuis des années, celui auquel il tenait tant, symbole de la réussite de son commerce quelques années auparavant. Sous le corps de son père, la carpette était maculée de sang, une vision d’horreur auquel le jeune homme ne s’était pas préparé.
Dès qu’il avait été prévenu, il avait imaginé énormément de choses, mais à aucun moment il n’avait pensé que son père aurait pu être assassiné. Il ne lui connaissait aucun ennemi ! Qui aurait pu commettre ce crime ?

Enbar Grinder bondit en direction de son père, dans un espoir vain de découvrir qu’il n’était pas mort, et qu’il respirait encore. Mais il n’eut pas l’occasion d’arriver assez proche de son parent pour le vérifier, car deux gardes se mirent en travers de son chemin, surgissant de nulle part, et l’attrapèrent au passage, l’empêchant d’atteindre Mohas.
Le chef de la garde de Luskan, qui s’était déplacé personnellement sur les lieux, approcha alors de sa jeune recrue, le regard lourd de reproche, et l’interrogea.

- Pourquoi as-tu fais ça, Enbar ? Qu’a donc fait ton père pour mériter ceci ?
- M... Je… balbutia le jeune homme qui ne comprenait rien à la situation. Pourquoi me demandez-vous ceci ? réussit-il enfin à demander.


Dans son regard, on pouvait lire une détresse immense, celle d’un homme qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, et qui espère se réveiller au plus vite en découvrant que tout ceci n’est qu’un affreux cauchemar. Mais son chef ne marcha pas dans ce jeu là.

- Inutile de nier, Enbar. Tous les gardes de ton père qui travaillaient cette nuit sont formels. C’est toi qui a été le dernier présent dans la pièce avec ton père, juste avant sa mort.
- Alors expliquez-moi pourquoi j’aurais osé venir jusqu’ici si j’avais commis ce crime ? demanda le jeune garde qui avait repris de l’assurance.
- A toi de me le dire...
- Je n’ai rien à expliquer. Ce n’est pas moi qui...


Soudain, Enbar se rappela de ce détail qui l’avait intrigué quelques jours plus tôt, lorsqu’il avait rencontré cette étrange femme. Et soudain, il comprit ce qui s’était passé.

- C’est elle ! hurla-t-il alors. C’est cette femme qui...
- Inutile de t’expliquer maintenant. Tu nous raconteras tout ça une fois dans ta cellule...


7 Kythorn 1357 CV - 19 Heure

Melrod était assise à table avec ses compagnons, mais son esprit était ailleurs. Voilà des mois maintenant qu’elle avait pris la succession d’Ystir à la tête du groupe de Zhent qui devait capturer Vilario et retrouver l’anneau de Fournaise. Des mois de traque, qui pour le moment s’étaient révélés vains. Heureusement, alors qu’ils avaient perdu la piste du groupe de l’adolescent, un membre de l’organisation les avait repérés dans la cité des Milles Spires, et avait prévenu ses dirigeants. La doppleganger avait rapidement été informée de ceci, et son groupe avait alors immédiatement pris la route vers Iriéabor.
Ils n’étaient déjà plus qu’à deux jours de marche de la ville, mais la chef Zhent craignais que Vilario lui échappe encore. Depuis qu’elle était entrée dans l’organisation, elle avait enchaîné plusieurs échecs qui commençaient à l’inquiéter. Tymora aurait-elle jeté son dévolu sur elle pour en faire sa bête noire ?

- On y va, Melrod ? demanda Ewun, la sortant de sa rêverie ?

La doppleganger se redressa et jeta un œil autour d’elle. Ses compagnons étaient tous là, terminant le verre qu’ils avaient commandés, alors qu’elle n’avait encore pas touché au sien. Ces regards, elle ne les connaissait même pas. Mis à part Ewun, qui l’accompagnait depuis un moment déjà, elle ne connaissait quasiment pas ses compagnons, qui avaient été envoyés par ses supérieurs pour l’aider dans sa tâche, après les nombreuses pertes de leur groupe à la Porte de Baldur. Cette période difficile avait d’ailleurs rapproché la Zhent et Ewun, mais elle ne pouvait pas dire la même chose des deux autres hommes et de la femme qui les accompagnaient.
Elle commençait même à s’interroger à leur sujet, car depuis quelques temps, l’équipe ne cessait de rencontrer des obstacles dans leur quête, ce qui commençait à la faire s’interroger quand à la loyauté des membres de son groupe. Il y avait d’abord eut cette attaque à Hivrol, puis ça avait été une attaque de bandits près d’un village nommé Lluirien. C’est là qu’ils avaient perdu la piste de leur proie. Après ça, il y avait eut les outres d’eau qu’ils transportaient, et qui avaient été retrouvées crevées un matin, puis de nombreuses petites attaques du genre, qui semblait vouloir les affaiblir seulement.
Dans un premier temps, Melrod avait pensé aux Ménestrels, mais elle avait vite rejeté cette idée, les Harpistes étant bien incapables de commettre de tels actes. Elle avait alors cherché à comprendre qui pourrait leur en vouloir de cette manière, mais elle n’avait trouvé personne. Elle en était alors arrivé à douter des siens. Mais pour quelle raison l’un des siens aurait-il intérêt à saboter leur mission ? Elle ne le savait pas encore, mais elle comptait bien le découvrir rapidement. Il ne fallait pas pour autant qu’elle perde de vue son objectif, car elle allait devoir des comptes à Visk’ros Arg’truik, son supérieur, et sa seule chance dans l’immédiat était d’arriver assez vite à Iriéabor pour reprendre enfin sa traque.
Melrod s’interrogeait cependant sur la raison qui avait mené l’adolescent et ses compagnons dans cette ville. Depuis un moment, elle les suivait de loin sans comprendre quel était leur objectif. Elle avait l’impression qu’ils étaient aussi perdus qu’elle.

- Oui, on y va ! trancha-t-elle en réponse à Ewun.

Elle abandonna alors son verre, pas même entamé, sur la table, et invita ses compagnons à reprendre la route. Avant de se relever, Oldar avala tout de même la fin de son verre dans une dernière gorgée, ne pouvant laisser après lui le moindre centilitre de bière, puis il attrapa le verre de sa supérieure et lui réserva le même sort.
Melrod régla l’addition, puis le groupe se dirigea vers la sortie. Sentant comme un regard peser lourdement sur elle, la doppleganger jeta discrètement un œil dans la salle alors qu’elle tenait la porte à ses compagnons, mais ne remarqua rien d’étrange. Elle ne remarqua même pas cet homme, assis seul dans un coin de la pièce, et qui s’apprêtait déjà à terminer son verre pour à son tour quitter l’établissement…

18 Eleinte 1355 CV - 13 Heure

D’un pas rapide, Melrod traversa la rue qui menait à la taverne où elle devait retrouver cet homme qui devait lui donner une information de tout premier ordre pour sa mission. Voilà trois jours déjà qu’on lui avait confié la mission de découvrir qui était cette personne qui faisait entrer à Luskan des produits que seuls les Zhents étaient censés pouvoir vendre, et ce à un prix battant toute concurrence. Le Zhentarim n’avait pas apprécié du tout d’apprendre ceci, et avait demandé à la doppleganger de trouver rapidement le coupable, et de lui régler son compte.

- Ca fera un exemple pour celui qui aurait l’idée folle de faire la même chose, avait dit son supérieur à Luskan.

Si Melrod voulait faire ses preuves, c’était l’occasion où jamais. Jusqu’à présent, elle n’avait jamais été contactée par le Zhentarim qu’en tant qu’homme de main, pour accompagner un autre Zhent, voir plusieurs. Cette fois-ci, on lui confiait directement une mission, et elle tenait à la mener à bien pour prouver qu’elle était capable d’autre chose. Aussi, après trois jours de recherches infructueuses, elle avait peut-être trouvé une piste. Elle espérait pouvoir rapidement trouver celui qu’elle devait tuer, car plus vite elle accomplirait cette mission, plus grande serait l’impacte qu’elle aurait sur sa carrière au sein de l’organisation.

Lorsqu’elle entra dans l’établissement, elle fut immédiatement assaillie par l’odeur de graisse et de crasse qui s’échappa vers la rue, laissant entrer de l’air frais dans cette atmosphère lourde et irrespirable qui ne semblait pas gêner plus que ça les habitués. Après avoir effacé la grimace de son visage, la doppleganger ferma la porte derrière elle, en regrettant toutefois qu’on ne la laisse pas ouverte, et alla s’asseoir à une table.
Dans la salle, les discussions tournaient visiblement toutes autour de la fête de l’équinoxe qui se préparait. « Ca sera une bonne occasion de picoler ! » disait un homme qui pourtant n’attendait visiblement pas ce genre d’occasion pour se rincer la glotte. « Ca va faire un peu d’animation » disait un autre sans préciser plus à quel genre d’animation il faisait allusion.
Melrod n’était pas assise depuis deux minutes quand une jeune femme s’approcha d’elle pour passer commande. Elle prit un simple vers de vin d’Halruaa, ça lui suffirait. Elle ne souhaitait de toute façon pas traîner dans les parages, et espérait que son informateur arrive rapidement. La jeune serveuse s’écarta alors en souriant, et se redirigea vers le bar pour aller chercher sa commande. Sur le passage, un homme à moitié saoul l’attrapa par la hanche sans même se lever de sa chaise, lui collant son énorme main sur les fesses, et la tira vers lui comme pour la mettre sur ses genoux. La jeune femme essaya de le repousser, mais ne pouvait pas grand-chose face à la force brute du client.

- Allez Tyowyn, fit la brute. Ne fais pas ta mijaurée ! Je serais prêt à verser une petite fortune pour monter avec toi dans une chambre.

Ses compagnons de table éclatèrent alors d’un rire gras, et observaient la pauvre demoiselle qui se débattait comme elle pouvait. Exaspérée, elle gifla alors violemment la brute qui sous le coup de la surprise relâcha prise. La jeune femme profita de cette occasion pour s’écarter de la table tandis que l’homme se relevait, rouge de colère, et pointait un doigt vers elle.

- Tu me revaudra ça, dit-il en s’avançant vers elle. Pour qui tu te prends pour me frapper comme ça ?

En deux pas, il rattrapa la jeune femme et lui saisit le bras pour la forcer à se retourner vers lui. Celle-ci ouvrit alors de grands yeux effrayés lorsqu’elle vit son autre main se lever comme pour la frapper à son tour, mais elle fut stoppée dans son élan par une autre main qui lui attrapa le bras.

- Laisse ma fille tranquille, dit l’aubergiste d’une voix grave.

La brute lâcha alors la dénommée Tyowyn et se tourna vers le patron de l’établissement qu’il semblait respecter plus qu’une divinité.

- Maintenant, fiche le camp ! hurla l’aubergiste. Et ne reviens que quand tu auras désaoulé. Et si je te reprend comme ça à t’en prendre à Tyowyn, tu seras mis dehors à coup de pied dans le cul, pour ne plus jamais revenir chez moi. C’est bien compris ?

Le silence avait alors envahi la pièce, tous les regards s’étant fixés sur la scène qui venait de se dérouler. Sans rien dire, la brute se dirigea vers la porte, tandis que la vie reprenait son cours dans l’auberge.
La serveuse arriva rapidement avec le verre qu’avait commandé Melrod, le visage encore blême à cause de cette frayeur qu’elle venait d’avoir, puis elle repartit vers une autre table, où se tenait assis un nain, pour continuer son travail. Alors que la Zhent venait de se faire servir son verre, un client d’une table voisine à la sienne se leva alors et vint s’asseoir devant elle.

- Bonsoir Madame, dit-il. Je crois que vous m’attendez...

Melrod sourit en voyant le visage du jeune homme. Elle avait craint que la personne qu’elle allait rencontrer soit du même gabarit que celui qui venait d’être mis dehors, mais elle fut ravie de découvrir qu’il n’en était rien. L’homme face à elle était un jeune homme au sourire charmeur qui ne semblait pas dans son élément dans cet établissement crasseux. Le verre qu’il avait dans la main étant vide, il fit signe à la serveuse de lui resservir la même chose, puis il se tourna de nouveau vers son interlocutrice.

- Ainsi vous cherchez une personne qui aurait acheté à petit prix du tissu d’Halruaa.
- En effet, répondit simplement Melrod. Et vous dites pouvoir me renseigner à ce propos ?
- Je crois avoir entendu parler d’une personne de ce genre, oui...


Le jeune homme posa alors le bras sur la table, la paume de la main tournée vers le haut. Melrod soupira. Qu’il était dommage qu’un si charmant jeune homme ne soit ainsi intéressé que par l’argent. Mais elle n’avait pas de temps à perdre. Elle détacha alors une bourse de sa ceinture et la posa dans la main de son interlocuteur.

- Le compte y est, je suppose, dit-il.
- Vingt pièces d’or comme prévu. Et quatre-vingt autres vous attendent si votre information s’avère vraie.
- Alors suivez-moi, dit l’homme juste avant de vider en une gorgée le verre qui venait de lui être servi et de se lever de table.


Avant de partir, il demanda à la serveuse de rajouter ses consommations ainsi que celle de Melrod sur sa note, puis ils quittèrent tous les deux l’auberge.

7 Kythorn 1357 CV - 19 Heure

- J’en ai plus qu’assez, hurla Fanrax. A quoi bon suivre ces Zhents, ils ne savent visiblement même pas où aller ?
- Baisse d’un ton, veux-tu, dit Elania en grinçant des dents. On va t’entendre à des lieues à la ronde si tu continues.
- Fanrax n’arrive peut-être pas à garder son calme, intervint Elfrano, mais il dit tout haut ce que nous pensons tous tout bas. Cela fait des dizaines qu’on suit les Zhents sans savoir où aller, et eux non plus ne semblent pas savoir quelle direction prendre.


La cheftaine du groupe regarda ses compagnons les uns après les autres pour tenter de deviner leur avis sur la question, et ne pu que donner raison au barde, qui lui avait dit de manière posée, comme il en avait l’habitude, ce qu’il avait sur le cœur.
Elle-même les comprenait. Elle n’en pouvait plus de cette mission. Depuis Château-Suif, elle n’avait pas réussit à retrouver Vilario, et craignait de l’avoir définitivement perdu. Elle lisait la fatigue sur le visage d’Alléria, qui n’était pas habituée à marcher autant, et avait fini par abandonner à contrecoeur ses vêtements coquets pour une simple tunique de voyage.
La demie-elfe craignait que ses compagnons finissent par en avoir assez et soit l’abandonner à sa mission, soit lui retirer le pouvoir de décision en choisissant un autre chef. Si elle voulait éviter cela, elle allait devoir agir, et très vite.

Le groupe de Zhents apparut alors à la sortie de l’établissement où ils s’était reposés une petite heure, une auberge tranquille, au cœur d’un village paisible. Elania remarqua le regard envieux en direction de la bâtisse de son amie ensorceleuse qui ne demandait qu’à passer une seule nuit dans un bon lit depuis des semaines.
Mais pour le moment, ils ne pouvaient pas se le permettre. Si jamais les Zhents retrouvaient la piste de Vilario sans qu’ils soient dans les parages, leur mission serait un échec total. La demie-elfe se sentait impuissante, et commençait à se demander si elle méritait la confiance que ses supérieurs lui accordaient.
Tandis que les Zhents disparaissaient à la sortie du village, elle se tourna vers les siens et leur promit :

- Nous passerons à l’attaque cette nuit. Dès qu’ils feront une halte, nous attendrons qu’ils soient endormis, et nous lancerons l’assaut. S’ils savent quelque chose, s’ils ont la moindre piste, on le saura. Dans le cas contraire, il sera inutile de continuer à les poursuivre ainsi, ça vous va ?

Ses quatre collègues hochèrent la tête en silence, en guise d’acquiescement. Tous n’étaient pas ravis de devoir affronter à nouveaux ces ennemis, certains se rappelant encore de la mort de leurs amis près de la Porte de Baldur, lors d’une telle attaque, mais Fanrax affichait un sourire radieux. Il n’attendait que ça. Il était un homme d’action, et il n’y avait que dans les combats qu’il se sentait bien.
Cette nuit là, il allait enfin pouvoir de nouveau se dégourdir les bras...

*
* *

La boutique de Narfel se trouvait au second étage de l’une des immenses tours qui faisaient la célébrité d’Iréabor. Depuis son arrivée dans la ville, Vilario n’en revenait pas de sa structure. Lui qui n’avait jamais connu que le petit village d’Elgastor, n’avait jamais pensé qu’on puisse construire ainsi des bâtiments grimpant vers le ciel de cette manière. Il n’arrivait même pas à imaginer l’impression que cela devait faire de se trouver en haut de l’une de celles-ci.
S’il avait eut le temps, il aurait pris plaisir à découvrir plus en détail la Cité aux Mille Spires, mais il avait autre chose à faire pour le moment.

En entrant dans la boutique, l’adolescent fut émerveillé par la quantité d’objets qu’on pouvait y trouver. Narfel était réputé pour le large choix de produits qu’il proposait, que ce soit en arme, en potions, ou même en objets magiques, mais il devait aussi son renom à ses immenses connaissances qui lui permettait d’identifier de nombreux objets là où beaucoup d’autres échouaient.
Vilario et Shydane espéraient donc pouvoir faire identifier chez lui les armes qu’ils avaient découvertes dans l’antre de Svanhilde. Narfel était un commerçant avant tout, si bien qu’avant même que les compagnons aient montré les armes qu’ils voulaient faire identifier, il demanda à se faire payer. L’homme avait un visage sec et un regard froid. D’énormes cernes sous ses yeux semblaient montrer qu’il se donnait plus que de raison à son travail, écourtant d’autant ses nuits. Vilario n’était pas rassuré face à cet énergumène, mais d’après les informations qu’ils avaient eut, c’était le seul en ville qui pourrait être capable de les aider à découvrir les capacités des armes qu’ils avaient acquises.
Glorthic paya la somme demandée en grimaçant. Depuis le début de leur voyage, il n’avait pas cessé de prendre dans ses réserves d’argent, et les avait vu diminuer à grande allure. Cette nouvelle charge ne l’enchantait pas, car très bientôt, ses économies allaient être entièrement épuisées, ce qui ne faciliterait pas la tâche au groupe.

Une fois la somme en main, et dûment vérifiée, Narfel demanda à Vilario de lui montrer ses armes. L’adolescent sortit de son fourreau les deux épées courtes dont le pommeau était taillé en forme de tête de loup, et les déposa face au marchand qui resta silencieux. Ce dernier se pencha alors sur les armes pour en examiner la lame et le pommeau, afin de découvrir le moindre élément qui pourrait lui permettre de déduire l’origine et la fonction de ces épées. Pendant de longues minutes, son regard parcouru de long en large les deux armes, puis il releva la tête vers le groupe.

- Non, désolé...
- Quoi, désolé ? s’étonna Dwalgnar.
- Désolé, je ne peux rien vous dire à propos de votre arme. Ca m’arrive rarement, mais cette fois-ci je sèche. Je pourrais bien vous raconter des mensonges, mais ce n’est pas mon genre.
- Bien, alors rendez-nous l’argent ! s’emporta le nain.
- Mes services ne sont pas remboursables, dit le marchand entre ses dents, vexé de se voir ainsi agressé.
- Quels services ? Ils ne valent rien ! Vous n’avez pas pu nous dire ce que nous voulions savoir ! Nous n’avons donc pas à vous payer !
- Vous m’avez payé pour tenter de découvrir quel est le pouvoir de ces armes, mais je ne vous ai jamais assuré une réponse.


Excédé, le nain s’apprêta à bondir sur le marchand pour lui reprendre l’argent qui pendait encore à sa ceinture, mais Shydane le retint. Le commerçant fit cependant un bond en arrière en voyant le geste de Dwalgnar, puis soupira lorsque le rôdeur le bloqua.

- Pardonnez-le, dit alors Shydane. Il est un peu sur les nerfs en ce moment !
- Qu’il me pardonne, lui ?! C’est bien la meilleure ! Vous allez voir ce que je fais aux commerçants malhonnêtes, moi !


Shydane se retourna brusquement et jeta un regard froid au nain qui ne s’en soucia pas. S’il y avait une chose qu’il n’acceptait pas, c’était que des hommes de sa profession abusent ainsi de leurs clients. Le rôdeur fit un signe à Ilviz qui comprit immédiatement son idée. L’elfe posa alors la main sur l’épaule du nain, et lui dit doucement près de l’oreille.

- Viens, Dwalgnar. Allons dehors, et laissons-les parler entre eux.

Le nain se calma immédiatement, non sans lancer un regard haineux à Narfel, puis il se laissa mener dehors par son amie.

- Non, restez ! hurla Vilario.

Le nain et l’elfe se retournèrent subitement, sans comprendre pourquoi l’adolescent avait crié ainsi, et le regardèrent avec un air interrogateur. Le jeune garçon s’aperçut alors que sa réaction les avait tous étonnés. Chacun des membres de son groupe le regardait en attendant une explication à ce cri. Seule Ilviz le regardait différemment, sachant très bien la raison qui l’avait ainsi poussé à s’emporter.

- Non, vous avez raison, dit finalement Vilario en prenant sur lui. Attendez-nous dehors.

Dwalgnar resta quelques secondes à le fixer encore, pour tenter de comprendre sa réaction, puis il finit par abandonner et suivre Ilviz à l’extérieur. Depuis leur départ de Lluirien, Vilario avait un comportement étrange envers l’elfe. Il n’avait pas du lui adresser la parole une seule fois, et évitait toujours de se retrouver avec elle, sans que personne n’en comprenne la raison. Cela étonnait d’autant plus le groupe que c’était lui qui avait insisté, contre l’avis de Shydane, pour qu’elle se joigne à eux.
Vilario récupéra ses armes, sans cacher sa déception, et Shydane sortit alors son katana en espérant ne pas obtenir la même réponse que son jeune ami. Les inscriptions sur le fourreau ne l’avaient pas beaucoup avancé quand à l’utilité de cette arme, si bien qu’il comptait sur ce marchand pour arriver à savoir d’où elle venait exactement.

En voyant le katana, Narfel ouvrit de grands yeux ébahis et tendit les mains dans sa direction avant même que le rôdeur n’ait eut le temps de le poser sur le comptoir.

- Quelle magnifique arme, s’exclama le commerçant ! Où l’avez-vous obtenue ?
- Ceci n’a pas d’importance, répondit sèchement Shydane. Ce qui importe, c’est de savoir d’où elle vient et quelles sont ses capacités.
- A en juger par les inscriptions dorées sur la lame, je dirais qu’il vient de Shou Lung.
- Ca, je le sais déjà, coupa Shydane. Si vous pouviez éviter les banalités et en venir directement aux faits.
- Il existe de très anciennes légendes de Kara-Tur parlant de lames noires comme celle-ci. On raconte qu’elles ont été créées pour combattre des hordes de morts vivants, et qu’elles peuvent tuer un zombi ou un vampire comme on tue un vivant.
- Pouvez-vous me certifier que cette lame est l’une de celles dont parlent ces légendes ?
- J’en suis quasi persuadé, d’autant plus que ces lames sont extrêmement rares. Bien évidemment, je ne pourrais pas vous le certifier sans conserver un doute, mais je mettrais ma main au feu qu’il s’agit de l’une de ces armes. Je ne sais pas où vous l’avez trouvée, mais je suis prêt à vous faire une excellente offre pour vous l’acheter.
- Je ne suis pas intéressé, coupa le rôdeur.


Glorthic toussa dans le dos de Shydane qui se retourna, interrogateur. Le nain lui fit signe de reculer un peu, et lui dit alors :

- D’habitude, je vous laisse prendre les décisions, même si j’ai bien souvent été en désaccord avec vous, mais là, je me permet de te demander de bien réfléchir à l’offre de ce marchand. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais mes réserves d’argent ne sont pas infinies, et on commence à être à court d’or. Si ce marchand est prêt à t’offrir une belle somme pour cette arme, peut-être devrait-on l’accepter.
- Glorthic, accepterais-tu de vendre ta hache ?
- Pour rien au monde, s’offusqua le nain en ouvrant grand les yeux. Quelle idée ?!
- Eh bien considère que c’est la même chose pour moi.


Le rôdeur ne laissa pas le nain répliquer, et se tourna vers le marchand.

- J’ai cependant une épée longue à vous vendre, si vous le voulez bien.
- Montrez la moi.


Shydane attrapa son ancienne épée qui pendait dans son dos depuis qu’il l’avait remplacée par le katana, et la posa sur le comptoir.

- Elle n’est pas toute jeune, dit le marchand en grimaçant, et est assez banale.
- C’est une épée classique, en effet, mais elle a prouvé au fil des années qu’elle était d’une grande solidité.
- Je veux bien croire que vous y soyez attaché, si vous la possédez depuis des années. Mais de mon point de vue, elle ne coûte pas bien plus que cinquante pièces d’or à la revente. Et encore, il va me falloir travailler un peu dessus pour lui redonner un coup de jeune. Je veux bien vous la reprendre pour trente, mais pas plus.


Le rôdeur fit la grimace, et finit par accepter. Cette lame lui avait longtemps servi, mais elle ne lui serait plus d’utilité, maintenant qu’il possédait ce katana. Il lui était donc inutile de la conserver. Ces trente pièces d’or étaient peut-être peu de chose, mais elles seraient toujours plus utiles qu’une lame qui traînerait dans l’un des sacs sans fond de Dwalgnar. Shydane conclut la transaction, et récupéra son katana. Il remarqua cependant la grimace de déception sur le visage du marchand qui aurait bien voulu se procurer cette arme rare, pour laquelle il aurait sans aucun doute trouvé un acheteur à un très bon prix.

Avant que les aventuriers ne quittent sa boutique, il leur donna un conseil pour compenser son manque de connaissance à propos des armes de Vilario. Le marchand se sentait un peu coupable de s’être fait payer sans avoir pu donner le renseignement demandé à ses clients. Il espérait donc pouvoir se racheter un peu en les dirigeant vers quelqu’un d’autre qui pourrait les aider.

- Si vous prenez la route vers la côte, faites un petit écart à Reddansyr, c’est à trente kilomètre de Port-Pônant environ. Là-bas, vous trouverez un temple d’Oghma où on pourra sans doute mieux vous renseigner à propos de vos deux épées courtes.

Vilario remercia le marchand, puis quitta l’échoppe avec ses compagnons. Une fois dehors, ils retrouvèrent Dwalgnar et Ilviz qui discutaient, comme ils aimaient tant le faire depuis leur rencontre.

- Alors, vous en avez fini avec ce charlatan ? demanda le nain.
- C’est bon, on va bientôt pouvoir y aller. Il ne nous reste plus qu’à nous introduire comme prévu dans la tour cette nuit, et on pourra partir dès demain matin...


8 Kythorn 1357 CV - 3 Heure

Ewun et Daelan montaient la garde autour du campement de fortune qu’avaient monté les Zhents, et discutaient tranquillement, sans trop se faire de souci. Depuis l’attaque à laquelle ils avaient du faire face au village d’Hivrol, Melrod étaient plus méfiante que jamais et se sentait continuellement épiée, au point que ses compagnons commençaient à se demander si elle ne perdait pas la tête. Seul Ewun, avec qui elle faisait équipe depuis maintenant plusieurs mois, la prenait au sérieux. Lui aussi avait vu ces petits signes qu’ils avaient trouvé continuellement sur leur chemin, qui semblaient vouloir leur montrer que quelqu’un était après eux. Pour les trois autres Zhents, ceux-ci n’étaient que des inventions de l’esprit de la doppleganger et de son compagnon, mais rien de concret, à part des coïncidences, comme ces outres d’eau qui avaient été attaquées par des rongeurs, mais que leur chef s’évertuait à prendre pour une attaque contre eux.
La nuit était calme, comme les précédentes. En cette période de l’année, les températures étaient beaucoup plus agréables, ce qui rendait le voyage moins difficile qu’il ne l’avait été les premiers mois. Daelan était sur le point de s’assoupir, lorsqu’il entendit une flèche siffler dans la nuit. D’un bond sur le côté, il évita de peu le projectile qui serait venu s’écraser sur son armure de cuire s’il n’avait pas eut d’aussi bons réflexes.
Immédiatement, il donna l’alerte en hurlant pour appeler ses compagnons, mais déjà une autre flèche sifflait dans sa direction, tandis qu’un homme lui fonçait droit dessus, surgissant des fourrés qui se trouvaient non loin de leur campement. Il eut à peine le temps d’éviter le nouveau trait qui avait été tiré sur lui, qu’il dut déjà contrer une première attaque du guerrier. Les attaques de Fanrax n’étaient pas rapides, mais il y mettait une telle force que le Zhent frissonna à l’idée de l’état dans lequel le mettrait une seule d’entre elle. Une nouvelle flèche siffla, mais vint se planter cette fois-ci dans l’épaule du guerrier Ménestrel. Fanrax regarda par-dessus l’épaule de son adversaire en grimaçant, et aperçut Liliana, l’archère Zhent, qui le visait de nouveau.
Venant de derrière lui, une flèche magique partit dans la direction de la Zhent qui dut l’éviter d’une roulade sur le côté, abandonnant ainsi son attaque en cours. Oldar Virzon avait rejoint Daelan, qui commençait à s’épuiser, à éviter les attaques du guerrier adverse. Les Ménestrels avaient attendu que ce soit les deux plus faibles Zhents qui prennent la garde pour passer à l’attaque, mais déjà tous les membres du groupe étaient engagés dans le combat. Les Ménestrels avaient eux aussi rejoint Fanrax dans le combat. Seuls les archères et les ensorceleurs de chaque côté restaient en retrait.
Aux côtés de Fanrax, Rogis combattait Oldar et Melrod. Près d’eux, Elfrano faisait face à Ewun, tout en chantant un sort permettant de donner plus de vigueur au combat à ses compagnons et lui-même. Profitant du fait que ses adversaires étaient occupés, Daelan prépara un sort d’hébétude qu’il lança contre Fanrax et Rogis. Lorsqu’ils furent touchés par celui-ci, ils furent figés sur place, et restèrent les bras ballants, sans aucune réaction. Oldar et Melrod en profitèrent alors pour frapper leurs adversaires et les mettre au sol. Ils ne prirent pas le temps de les achever, préférant se concentrer sur les ennemis encore aptes à combattre. Oldar lança une de ses haches de jet en direction d’Elania qui dut abandonner son arc, voyant ses ennemis approcher d’elle.
Liliana, l’archère Zhent, profita alors de la situation pour concentrer ses attaques contre Alléria, l’ensorceleuse Ménestrel. Les premières flèches se perdirent dans l’herbe, mais la cinquième d’entre elle fit mouche. Touchée au flanc droit, la jeune fille s’écroula sur le sol, laissant Elania seule face à ses ennemis.
De son côté, Elfrano était seul face à Ewun. Les attaques se succédaient, sans qu’aucune ne se concrétise. Daelan termina une nouvelle incantation, et lança contre Elania un sort de transformation en pierre qui la figea sur place. Le barde se retrouva alors seul, et commença à imaginer le pire le concernant. Par chance pour lui, Melrod ne souhaitait pas perdre de temps sur place.

- Ewun, laisse-le. On a mieux à faire que de se battre avec eux, et il vaut mieux que nous partions avant que ces deux là ne retrouvent leurs esprits. On n’a pas de temps à perdre.

De sa position, Oldar lança une hache de jet en direction d’Elfrano qui du se jeter au sol sur le côté pour éviter l’arme, laissant ainsi le pisteur Zhent quitter le combat sans aucun risque, et rejoindre les siens pour reprendre la route. Leur nuit avait été écourtée, mais Melrod y voyait plutôt une bonne chose. Ils étaient assez reposés, et allaient ainsi gagner quelques heures sur Vilario.

8 Kythorn 1357 CV - 5 Heure

Le jour se levait à peine sur Iriéabor alors qu’un groupe parcourait ses rues au pas de course, en direction de la sortie. S’ils voulaient rejoindre Tantras au plus vite, Vilario et ses compagnons allaient devoir se rendre à Port-Pônant, qui selon Shydane était le meilleur endroit pour trouver rapidement un navire qui leur permettrait de traverser la Mer des Etoiles Déchues.
Il était à peine plus de cinq heures lorsque le groupe quitta la ville, pour reprendre sa route en direction de l’Est. En sortant, Vilario songea à toute la route qu’il avait parcourue depuis son départ d’Elgastor. Avait-il ne serait-ce qu’une fois imaginé découvrir ces territoires ? Bien sûr, lui qui avait toujours rêvé d’aventure ne pouvait que se réjouir de tout ceci, mais il commençait à se demander si tout ceci rimait vraiment à quelque chose…

8 Kythorn 1357 CV - 7 Heure

Shar et Séluné avaient quitté les cieux depuis plusieurs heures déjà, alors que les Zhents approchaient de la Cité des Mille Spires. La ville était reconnaissable à plusieurs lieux, grâce à ces gigantesques tours qui grimpaient de plus en plus haut dans les cieux. Melrod n’avait encore jamais mis les pieds dans cette partie des Royaumes, mais pour le moment, sa seule préoccupation était de retrouver Vilario avant qu’il ne quitte la ville. Et pour ça, il fallait qu’elle retrouve le jeune Alanis qui les suivait depuis leur arrivée en ville...

Episode 13 - Traque
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