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28 Ches 1357 CV – 23 Heure

L’immense pièce était plongée dans l’obscurité depuis que les moines avaient éteint les dernières bougies pour aller se coucher. Aucun mouvement. Pas une ombre ne bougeait. Le plancher épais et sombre restait silencieux comme toutes les nuits, se reposant des aller et venues incessants qui rythmaient ses journées quotidiennement. De la lune, cachée derrière d’épais nuages, un faible rayon de lumière pâle s’infiltrait au travers de cet épais coton, et s’engouffrait à travers la fenêtre sans volet qui donnait sur la falaise ouest au pied de laquelle venaient s’écraser en mouvements réguliers les immenses vagues qui trompaient la quiétude de la Mer des Epées en cette période hivernale.
Le faisceau blafard venait ainsi s’écraser sur le plancher de bois et illuminait tant bien que mal les quelques meubles qui se trouvaient sur son chemin. Se tenant droites les unes en face des autres, les bibliothèques semblaient ne jamais se reposer. Certaines plus chanceuses, appuyées contre les hauts murs qui les encadraient, encerclaient les autres jour et nuit. Par endroit, des échelles avaient été abandonnées là, posées contre ces immenses créatures aux ventres emplis de livres, qui permettaient d’atteindre le sommet de celles-ci.
Dans l’obscurité, on distinguait avec difficulté le plafond de la chambre, vers lequel tentaient de grimper les ouvrages entreposés là depuis tant d’années.

La pièce restait silencieuse. Aucun bruit, même extérieur, ne venait tromper le sommeil des reliures qui effectuaient ici leur retraite. De temps à autre seulement, le grincement de l’une des bibliothèques aurait pu éveiller la curiosité d’une personne qui se serait trouvée là, mais immédiatement après, le silence envahissait de nouveau les lieux.

Un nuage laissa échapper un autre rayon lumineux, qui courut le long des étalages, éclairant les uns après les autres les œuvres du mur Est. On pouvait lire les titres des ouvrages qui étaient alignés là, les uns à côté des autres. « Histoire de l’empire Néthéril », « Politique d’Halruaa », « Légende de l’île maudite ». Une personne éclectique y trouverait de quoi s’occuper pendant des années.
Et au milieu de ces palissades de livres, un fin livret était coincé entre deux ouvrages reliés de cuir. Sa tranche nue le faisait passer inaperçu au milieu de toutes ces œuvres dont le titre avait été noté avec minutie sur la couverture.

Sortant de nulle part, sans un bruit, une main saisit l’ouvrage en question, le libérant de l’emprise de cette bibliothèque dans laquelle il était ainsi tenu prisonnier entre ces deux énormes livres depuis plus de dix ans. La lumière de la lune vint se poser sur la couverture avant du fin grimoire et lu le simple titre qui y avait été griffonné à la main : « Journal de voyage ».
La personne qui venait de le saisir, se tenant debout sur l’échelle avec laquelle elle avait atteint le huitième niveau de cette bibliothèque, ouvrit alors le journal, fit tourner rapidement les pages pour en vérifier rapidement le contenu, puis elle glissa dans un silence inquiétant le long de l’échelle pour retrouver le sol, s’enfuir le long du couloir dessiné par les étagères, et disparaître au premier tournant...


Ecrit par Morcar
D'après une idée de : Morcar

24 Flammerige 1336 CV

Un autre verre, voilà ce dont j’avais besoin. Après plusieurs jours de marche, nous avions enfin pu faire halte dans la ville de Lheshayl, à l’extrême ouest des Plaines Etincelantes, et nous nous étions rendus immédiatement dans la première taverne que nous avions trouvée pour assouvir notre soif. J’en étais déjà à mon quatrième verre, et je commençais à être quelque peu étourdi, quand l’un de mes compagnons, le guerrier Ilouin Kesrel, me conseilla :

- Tu devrais faire attention Angus. Nous devons reprendre la route tôt demain matin.
- Je le sais très bien, lui répondis-je. Mais laisse-moi donc profiter un peu de cet instant de répit. Depuis le temps que nous n’avons pas vu la civilisation.


Partis du sud d’Amn, Ilouin, sa fiancée Estevine et moi avions rejoint Riatavin, avant de prendre la route qui traversait les montagnes Floconeigeuses, de passer le pont qui surplombe le lac Bainprofond, et enfin atteindre Lheshayl. Je n’étais même plus capable de dire depuis combien de jours nous avions quitté Riatavin.
Nous nous rendions à Hlondeth, cette cité fortifiée se trouvant sur la rive Nord du Bief de Vihlon, à l’Ouest du Turmish. C’est là-bas que, selon certains éléments que nous avions découverts, se trouvait un parchemin sur lequel était écrit comment détruire ce fichu anneau de pouvoir que je détenais depuis trop de temps déjà, et qui était l’objet de convoitises de trop de gens.
Selon nos sources, la famille Extaminos qui dirige Hlondeth, la cité des serpents, possédait un ouvrage ancien dans lequel se trouverait la solution à tous mes problèmes. Voilà donc pourquoi nous avions décidé de voyager vers l’Est.
La route s’était passée relativement calmement durant ces derniers jours. Seuls quelques groups d’orcs et de hobgobelins avaient tenté de nous dépouiller avant de regretter leur geste. A cette heure-ci, la pluie avait déjà du nettoyer leur sang qui maculait le sol dans les montagnes.
Le temps était plutôt clément en cette période d’été. Les températures étaient généralement élevées dans cette région de Féérune, mais elles restaient supportables, et quelques orages étaient venus nous rafraîchir en chemin de temps à autres.

- Bon, nous allons nous coucher, me dit Ilouin. Tu ferais mieux de faire la même chose.
- Encore un verre, et j’irai dans ma chambre moi aussi.


Nous avions réservé deux chambres dans cette auberge, placées l’une à côté de l’autre comme à chaque fois. Estevine était la fiancée d’Ilouin, une archère très douée qui nous accompagnait toujours. Ils étaient inséparables, et formaient en même temps un duo très efficace au combat.
Depuis notre départ de la Porte de Baldur, beaucoup de temps s’était écoulé, et nous n’étions pas encore prêts de rentrer. Ce soir là encore, toutes mes pensées se tournèrent vers mon épouse Sophelia, qui m’attendait à Bérégost. Je savais que mon frère Arthus la protégeait, mais je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter, et d’avoir un pincement au cœur à l’idée que je ne la reverrais pas encore avant des mois.
Seulement je ne pouvais pas reculer. Cette mission que je m’étais donnée était trop importante. Aussi, je noyai mon chagrin dans plusieurs autres verres, et lorsque je montai dans ma chambre, mon esprit était plus que brouillé, ce qui m’aida à trouver très rapidement le sommeil.

27 Ches 1357 CV - 12 Heure 30

Assise à une table, au cœur de la Bibliothèque de Château-Suif, Elania fut interrompue dans sa lecture par un moine qui posa sa main sur son épaule. En levant les yeux, elle remarqua alors que de nombreuses personnes s’étaient levées et s’en allaient. Elle regarda dans la direction du moine qui se tenait près d’elle et celui-ci répondit à ses interrogations :

- C’est l’heure du déjeuner, mademoiselle. Vous pourrez revenir dans une heure continuer votre lecture si vous le désirez. En attendant, la bibliothèque sera fermée.
- Très bien, fit-elle en souriant. Un bon repas me fera le plus grand bien à moi aussi.

La Ménestrel était arrivée à Château-Suif dans le courant de la matinée, avec ses compagnons de route. Elle avait perdu un peu de temps à la porte, en tentant d’expliquer au garde de l’entrée qu’elle avait rendez-vous avec un moine, mais celui-ci n’avait rien voulu entendre. La forteresse était extrêmement bien gardée, et des règles strictes étaient appliquées sans exception afin d’éviter tout incident. Le protocole des lieux voulait que toute personne qui désirait entrer doive faire don d’un ouvrage d’une valeur importante. De plus, aucun visiteur ne pouvait passer plus de dix jours entre les murs de la Bibliothèque, et une fois après l’avoir quittée, on ne pouvait pas y retourner avant un mois. En faisant respecter ces règles, le Gardien des Ecrits, le haut responsable de la Bibliothèque, pouvait se vanter de n’avoir connu aucun incident depuis qu’il avait pris la tête de la communauté.
Mais les Ménestrels avaient quelques contacts dans le bâtiment, et on leur avait promis que le groupe d’Elania pourrait y séjourner quelques temps sans rencontrer de problème. Gorion, un Acolyte, comme les moines de la Bibliothèques se faisaient appeler, vivait ici depuis des années, élevant ses deux enfants adoptifs entre ces murs. Il avait expliqué au garde qui refusait le passage des Ménestrels que le groupe pouvait entrer sans s’acquitter de cette « taxe », ensuite il avait accompagné Elania dans la Bibliothèque, et avait effectué quelques recherches dans les archives afin de trouver où était classé ce journal qu’elle souhaitait consulter. Il avait ensuite été obligé de la laisser seule, une petite fille répondant au prénom d’Imoen étant arrivée en criant, ce qui avait déplu aux personnes sur place qui désiraient le plus grand calme pour lire.

Elania se leva, alla remettre le journal là où elle l’avait pris, puis sortit de la pièce pour aller rejoindre ses compagnons à l’auberge. Elle traversa la cour qui séparait le bâtiment principal de l’auberge, se protégeant du mieux possible de la fine pluie qui tombait depuis quelques minutes, et retrouva ses amis assis devant une assiette bien remplie.
L’établissement était plutôt modeste. Les murs lavés du mieux possible trahissaient l’âge avancé du bâtiment, tout comme le long comptoir en bois derrière lequel se tenait debout le tavernier, et qui était recouvert d’entailles diverses qui s’étaient élargies avec le temps. Partout dans la salle, des tables avaient été disséminées de manière à en mettre le plus grand nombre sans trop charger la pièce. On sentait un souci d’efficacité, l’aubergiste voulant à la fois que son établissement soit un endroit agréable, et qu’il puisse servir un maximum de clients.
Le propriétaire des lieux ne semblait pas du tout premier âge non plus. Debout derrière son comptoir, les bras croisés sur son énorme ventre rebondi, il observait la salle avec un regard vitreux. Des cheveux hirsutes se disputaient la place sur les côtés de son crâne, ne souhaitant pas aller s’installer sur le haut de celui-ci qui était lisse comme un œuf.
A cette heure, l’auberge ne manquait pas de clients, et les serveuses volaient de table en table, les bras chargés d’assiettes qui atterrissaient sur les tables des clients. La clientèle était plutôt hétéroclite, mêlant personnes de tout âge et de diverses classes sociales. Cependant, on devinait que la majorité d’entre eux étaient des érudits, venus ici pour augmenter encore leurs connaissances.
Elania traversa la pièce jusqu’à la table où elle avait repéré ses compagnons. Rogis et Elfrano dévoraient le morceau de viande cuite qu’on leur avait servie, accompagné de pommes de terres, tandis qu’Alléria grimaçait devant ce met.

- Vous pourriez manger un peu plus dignement, siffla-t-elle. Vous n’êtes pas seuls.
- Oh ! Excusez-nous princesse, de vous choquer de la sorte, lui répondit Elfrano avec un regard noir.
- Je ne vous ai pas trop manqué ? coupa Elania en s’asseyant près d’eux, espérant rompre cette discorde.
- Elania ! Tiens donc ! On ne t’a pas attendue, on se demandait si tu allais descendre.
- Evidemment que j’allais descendre, mentit la Ménestrel.


En vérité, si on ne lui avait pas rappelé l’heure, elle serait sans doute restée tout l’après-midi dans la bibliothèque. Cette quête qu’on lui avait confiée l’emballait de plus en plus, et elle espérait trouver dans ce journal les informations qu’elle désirait.
Elle commanda la même chose que ses compagnons, et dévora elle aussi son assiette devant le regard médusée de son amie qui ne se ferait jamais à sa manière d’être plutôt masculine. Alléria avait tout de même fini par manger ce qu’elle avait devant elle, malgré le fait qu’elle trouvait la viande trop grasse, la faim ayant sans doute eut raison d’elle.

- Alors, tu as trouvé quelque chose ? demanda Rogis à Elania.
- J’ai trouvé le journal dont a parlé le gouverneur de Bérégost, oui, répondit-elle. Mais je n’ai pas encore eut le temps de lire grand-chose.
- Quand même, s’étonna Elfrano. Comment se fait-il que ces moines aient conservé si longtemps ce simple journal ?
- La bibliothèque de Château-Suif accepte tous les ouvrages qui lui sont offerts, dit Alléria, fière de pouvoir étaler ses connaissances. C’est d’ailleurs pour cela que l’on trouve tous types de livres ici.
- Peut-être. Mais avaient-ils une idée de l’importance de ce livre ?
- J’en doute, dit Elania. D’ailleurs on ne sait pas vraiment s’il est si important que ça. La seule chose que l’on sache, c’est que c’est la seule piste qui permettrait de retrouver l’anneau. Et c’est pour le moment notre principal objectif. Notre chef à la Porte de Baldur l’a bien précisé.
- Effectivement. Mais je ne comprends pas pourquoi tout à coup ce garçon ne semble plus devenir important à ses yeux.
- Il l’est sans doute encore, mais ce n’est pas la priorité pour le moment.


Assise à la table voisine, cachée dans la foule de gens qui déjeunaient ici le midi, et camouflée sous l’identité d’une personne dont le corps traînait à présent derrière de vieux tonneaux près du mur Ouest de la Bibliothèque, Melrod ne perdait pas un morceau de ce qui se disait entre les Ménestrels. Elle était entrée dans la bibliothèque grâce à « La gerbe sombre », cet ouvrage qu’elle avait volé à Vilario et Ladril à la Porte de Baldur. Etant donné sa valeur, on les avait laissés entrer sans broncher, elle et Ewun, les deux seuls survivants de la terrible nuit passée peu de temps auparavant.
Elle avait pris la direction de l’opération depuis la disparition d’Ystir, que Glorthic avait tué dans les égouts de la Porte de Baldur. Arun et Bregan, quand à eux, avaient été tués par le Poing Enflammé, la célèbre guilde de mercenaires de la région. Ils n’étaient donc maintenant plus que deux, mais la doppleganger avait demandé à son supérieur Visk’ros Arg’truik qu’il lui fournisse d’autres hommes, pour continuer sa mission. Ne pouvant pas perdre de temps à la Porte de Baldur, sachant très bien que les Ménestrels partiraient rapidement pour la bibliothèque de Château-Suif, il avait été convenu que les deux Zhents s’y rendent et repassent ensuite par la ville une fois le journal d’Angus Cramgon en leur possession pour qu’ils prennent connaissance de ceux qui les accompagneraient ensuite dans leur mission.

Melrod se réjouissait d’entendre les paroles d’Elania à propos du journal, se disant en elle-même qu’en le ramenant au Zhentharim elle marquerait encore des points qui lui permettraient de monter dans la hiérarchie de l’organisation. Les choses se déroulaient encore mieux qu’elle l’avait prévu.
Aurait-elle imaginé une seule fois, quand elle était partie à la poursuite de Dwalgnar, qu’elle arriverait là où elle était ? Aujourd’hui, la capture du nain était vraiment le cadet de ses soucis. Une mission bien plus importante lui avait été confiée. Et elle était prête à tout pour arriver à ses fins...

*
* *


Shydane avait accepté que le groupe fasse une pause pour déjeuner. Voilà un moment maintenant qu’ils avaient quitté la Porte de Baldur. Après la terrible nuit qu’ils y avaient passée, et durant laquelle ils avaient perdu le livre qu’ils avaient dérobé pour entrer à Château-Suif, ils avaient du rester quelques temps dans la cité pour se remettre de leurs blessures du mieux qu’ils pouvaient, et Shydane en avait profité pour aller récolter quelques informations qu’il avait préféré tenir secrètes pour le moment.
La voleuse Ladril accompagnait toujours le groupe, s’en voulant de s’être fait dérober l’ouvrage pour lequel elle avait été embauchée par le rôdeur. Très professionnelle, elle avait tenu à accompagner les aventuriers pour les aider à faire ce qu’ils auraient du faire avec le livre en leur possession.
Avant de quitter la Porte de Baldur, l’équipe avait fait quelques emplettes pour avoir de quoi manger plusieurs jours, et les avaient chargées dans les sacs sans fond que Rosie, la mule de Dwalgnar, portait de chaque côté du dos.
Ils s’arrêtèrent non loin du sentier qu’ils avaient suivi depuis leur départ, se réfugiant sous quelques arbres pour se protéger des gouttes qui tombaient depuis peu de temps. En cette période de l’année, le ciel était plutôt couvert, et la pluie était abondante. Mais le temps devait rapidement se calmer.

- Voilà un morceau de viande cuite pour chacun, fit Dwalgnar en servant ses compagnons avant de refermer les sacoches de son animal. Et voilà pour toi, Rosie, ajouta-t-il en lui tendant de quoi manger.

L’animal engloutit en une bouchée ce que le nain lui avait donné. Une fois que tout le monde fut servi, il alla s’asseoir près de la voleuse avec qui il n’avait pas cessé de discuter depuis leur départ.

- Alors ma belle, que penses-tu de ce voyage que nous faisons ensemble ?
- Le temps n’est pas avec nous, ronchonna Ladril. Avec toute cette pluie, les chemins sont si boueux que je me demande si j’arriverai à récupérer mes bottes.
- Mais que penses-tu de notre compagnie ?
- Elle est... bruyante, lâcha-t-elle amèrement.


Glorthic ne put s’empêcher de glousser en entendant la réplique de la voleuse. Non loin de là, assis à terre, Shydane riait également intérieurement. Il connaissait bien Ladril, et savait que le pauvre Dwalgnar s’aventurait sur un terrain glissant en essayant de la séduire. Mais le nain ne pouvant pas s’empêcher de draguer tout humanoïde de sexe féminin, la pauvre Ladril n’était sans doute pas au bout de ses peines.
Malgré le fait que la jeune femme aux cheveux sombres faisait tout son possible pour passer inaperçue là où elle se trouvait, chose importante dans sa profession, son magnifique regard et son fin visage plaisaient bien souvent aux hommes qu’elle côtoyait. Malgré la pâleur de sa peau, due au fait qu’elle vivait essentiellement la nuit, il émanait d’elle un charme qui ne laissait pas Dwalgnar indifférent. Aussi, s’il avait une préférence pour les escapades dans les chambres des auberges de la Côte des Epées, il ne refuserait pas une invitation de la voleuse si elle lui proposait de s’écarter du groupe un petit moment.
Mais pour le moment, la belle semblait bien indifférente à toutes les avances du nain.

- C’est vrai que l’armure de Glorthic fait un bruit assez désagréable à entendre, dit alors Dwalgnar pour tenter de se sauver la face.
- Dis donc ! Un peu plus de respect pour ton frère, s’il te plait !
- Pffff… Mon frère… ronchonna Dwalgnar. Crois-tu vraiment qu’il puisse avoir un quelconque lien avec moi ? demanda-t-il à Ladril vers qui il se tournait de nouveau.


Après un instant de silence durant lequel la voleuse dévisagea les deux nains qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, elle finit par dire :

- Difficile à dire. Vous les nains, cachés derrières vos horribles barbes, vous êtes difficiles à différencier.

Ce fut au tour de Vilario d’éclater de rire en voyant la tête que fit le « séducteur » en entendant cette réplique. Le pauvre ne savait plus ou se mettre, et il termina son repas sans dire un mot. Mais en son for intérieur, Dwalgnar n’avait pas décidé de lâcher l’affaire.
Non mais ! Existait-il sur Féérune une femme qui résistait à ses charmes ?

- Comment va-t-on faire, Shydane ? demanda Vilario à son ami entre deux bouchées.
- J’ai ma petite idée. Je vous en parlerai une fois sur place.


L’adolescent était perdu. Voilà plus d’un mois à présent qu’il courait le long de la Côte des Epées, poursuivi à la fois par les Ménestrels et le Zhentarim, lui qui jusque là n’avait jamais quitté la ferme de son oncle et ses environs. En un mois, il avait appris que son oncle lui avait menti toute sa vie, lui cachant la vérité sur la mort de ses parents, on lui avait révélé que son père possédait un anneau puissant, et que c’était sans doute pour cette raison qu’il était ainsi poursuivi, et il avait découvert une facette de son ami Shydane qu’il ne lui aurait jamais soupçonnée.
Tout son univers avait été chamboulé, tous ses repères remis en cause. Lui qui n’avait jamais été qu’un paysan honnête avait même cambriolé une maison de la Porte de Baldur.

Vilario fut sorti de ses pensées par Glorthic qui lui tapa sur l’épaule pour lui faire remarquer qu’ils reprenaient la route. Ils allaient devoir encore marcher tout l’après-midi, avant d’arriver à Château-Suif.

1er Eleasis 1336 CV

C’est en fin d’après-midi que nous sommes arrivés à Hlondeth. Nous avions été quelque peu retardés par cette sombre histoire de drow qui, utilisant sa magie, s’était fait passer auprès des wemics des Plaines Etincelantes pour le dieu Nobanion, le dieu lion, et les avait poussés à attaquer les centaures.
Ilouin, Estevine et moi avions réussi à prouver la supercherie aux créatures mi-homme mi-lion, mais l’elfe noir nous avait échappé, et nous étions alors finalement restés sans explications des raisons qui l’avait poussé à lancer cette guerre entre ces deux espèces habituellement paisibles. Etait-ce par simple plaisir de voir ainsi se massacrer wemics et centaures, ou bien le plan était-il bien plus complexe ?
Afin de ne pas trop nous retarder, nous avions du reprendre notre route, et c’est à dos de centaures qui nous étions allés jusqu’à moins d’une demie journée de marche d’Ormath, nous permettant ainsi d’y arriver avant la nuit.
Après une bonne nuit dans une taverne, nous avions repris la route pour rejoindre Hlondeth, ce qui nous prit plusieurs jours, et nous avions fini par arriver dans cette cité fortifiée dont l’architecture à dominance ophidienne nous étonna.
C’était la première fois que je me rendais dans cette partie de Féérune, et si j’avais déjà eut vent de ce marbre vert étincelant utilisé à Hlondeth, notamment pour sculpter des statues qui étaient vendues un peu partout dans les Royaumes, je ne m’attendais tout de même pas à ceci.

Dès notre entrée en ville, mes compagnons et moi étions partis à la recherche d’une auberge où nous reposer de nouveau. Nous espérions que les Zhents lancés à notre poursuite n’avaient pas trop profité du petit contre temps qui s’était dressé en travers de notre chemin, afin qu’ils ne mettent pas en péril ce que nous étions venu faire ici.

2 Eleasis 1336 CV

Il ne fut pas difficile de trouver la demeure de la famille Extaminos, régnante sur la cité. Voilà bientôt mille ans que cette famille était à la tête d’Hlondeth, et elle habitait ici depuis plus longtemps encore. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle possède des ouvrages très anciens à propos de diverses légendes et objets de pouvoirs.

En regardant l’immense demeure qui se trouvait devant nous, je fis tourner machinalement mon anneau autour de mon doigt. Ce fichu anneau qui ne m’avait apporté que des problèmes ! Aujourd’hui que je m’en suis débarrassé, je crois qu’il me portait malheur. Il nous portait malheur à tous ! Tous ceux de mon entourage.
Pendant des années je ne suis pas rentré chez moi, et j’ai longtemps craint que mon épouse, qui me manquait plus que jamais, ne finisse par se lasser de m’attendre. Mais cet anneau était trop puissant pour que je l’abandonne, au risque de le laisser aux mains d’une personne mauvaise. Et pendant tout ce temps où il m’a appartenu, il faisait partie de moi. Je pensais même ne jamais parvenir à m’en séparer même si je le souhaitais plus que tout.
Heureusement, pendant des années, les Zenths ignorèrent que je possédais ce bijou précieux. Si jamais il était arrivé à leurs oreilles que je l’avais, ils m’auraient poursuivi sans relâche et je crains qu’ils ne s’en seraient pris à ma bien aimée.
J’ai réussi à éviter d’utiliser mon anneau pendant longtemps, afin de ne pas éveiller de soupçons sur lui, que personne ne sache quel pouvoir je détenais. Mais plus le temps avançait, et plus j’étais persuadé que cet anneau n’était pas arrivé dans mes mains par hasard, que je devrais y avoir recours un jour ou l’autre.

Ce jour là donc, au pied du mur de cette demeure, j’espérais être proche du but que je m’étais fixé, afin que cet anneau disparaisse de la surface de Toril, et que le poids que je portais sur mes épaules depuis tant d’années, ce lourd fardeau qui me pesait tant, ne pèse pas ensuite sur mon enfant. A l’époque, je n’en avais pas encore, n’ayant pas eut assez de temps avec mon épouse pour qu’un bébé vienne au monde. Mais aujourd’hui, alors que j’écris ces lignes, je veux faire tout mon possible afin que mon fils Vilario n’ait pas à souffrir de ce que j’ai pu faire.
Au pied du mur de la demeure Extaminos, ma seule idée était de faire tout mon possible afin que ma famille ne souffre pas à cause de cet anneau et qu’elle n’ait jamais à vivre ce que j’étais en train de subir.

Episode 9 - La forteresse
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